Blandine Keller : de l’estrade à la scène

De Versailles à Saint-Denis, d’une enfance bourgeoise à une vie de militante communiste, de l’enseignement au journalisme, Blandine Keller n’a jamais eu peur de faire le grand écart. D’une année passée en compagnie d’une classe exceptionnelle, elle a tiré un livre*, devenu pièce de théâtre.

« Enfant, je rêvais de devenir cinéaste. J’habitais Versailles, où je m’ennuyais à mourir. J’ai découvert Bergman ou Bunuel au ciné-club. C’était un émerveillement. » Arrière-petite-fille d’un académicien, ancien conservateur du château de Versailles, elle se heurte pourtant à l’héritage de ce glorieux ancêtre et à un environnement qu’elle juge « peu stimulant ». Bonne élève en latin, grec et français, Blandine Keller découvre seule Proust ou Céline, et effectue de très classiques études de lettres.

Capes et PC

« Ces études achevées, et après une année totalement ratée à Sciences-Po, il a bien fallu que je gagne ma vie ! J’ai donc occupé une dizaine de postes de maître auxiliaire ». 1974 constitue une première date charnière pour Blandine Keller. La même année, celle de ses trente ans, elle obtient le Capes et adhère au Parti communiste. Nommée au collège du Caraquet, à Desvres, dans le Pas de Calais, elle y devient conseillère municipale. Mais elle se languit rapidement de Paris. « De plus, je ne me sentais pas outillée pour ce métier. Les deux années de préparation au Centre pédagogique régional ne constituaient pas une formation à mes yeux, et je me sentais totalement démunie ». En 1979, Blandine Keller éprouve donc le besoin de changer de vie. Elle demande et obtient son détachement, rejoint la mairie de Morsang sur Orge, dans l’Essonne, et s’inscrit au Centre de perfectionnement des journalistes. Son diplôme acquis, elle rédige les journaux municipaux de plusieurs mairies communistes. Elle travaille également quelque temps avec Jack Ralite, le ministre de la Santé de l’époque.

L’envie d’écrire

En 1985, Blandine Keller a 41 ans. Elle vient d’entamer une analyse et décide de prendre un nouveau virage. « Je travaillais pour le journal municipal de la ville d’Aubervilliers. Mais le désir d’écrire pour mon propre compte était trop fort. J’ai donc décidé de réintégrer l’Éducation nationale, afin de pouvoir consacrer du temps à l’écriture ». Entre ses activités militantes, ses responsabilités syndicales et l’éducation de la petite fille qu’elle élève alors seule depuis quatre ans, il lui faudra toutefois longtemps pour mener son projet à bien. «Entre temps, mon analyse et de nouvelles formations m’avaient permis de réinvestir mon métier. J’ai terminé ma carrière en enseignant avec joie et passion, et c’était formidable. » Une mutation au collège Henri Barbusse de Saint-Denis, en 2000, va permettre à son désir de prendre forme.

La grande classe

« Cette année-là, mes élèves de 6ème E étaient tellement formidables de vie, d’intelligence et de beauté qu’ils ont donné corps à mon envie littéraire ». L’année suivante, profitant du temps que lui laisse sa cessation progressive d’activité, Blandine Keller dessine un plan de la sixième qu’elle vient de quitter, avec la place de chaque élève. Elle change les prénoms, puis entame la rédaction de « Classe », une succession de courts segments de phrases séparés par des espaces, sans le moindre signe de ponctuation. Le livre est publié en mars 2004, et la suite ne lui appartient plus complètement.

Dans le cadre d’ateliers radios, son texte est d’abord adapté par des élèves d’un collège d’Aulnay-sous-Bois. Il parvient ensuite sur le bureau du directeur du Théâtre de la Manufacture de Nancy, qui lui donne une forme théâtrale. Créée en Lorraine, la pièce est jouée à Lausanne, Colmar et, récemment, Saint-Denis. L’occasion pour l’enseignante, aujourd’hui retraitée, de revoir deux anciennes élèves de cette désormais fameuse 6ème E. « L’une a entamé des études de médecine, l’autre prépare le concours d’entrée à Normale Sup. C’est ça, la réussite du collège unique ! »

Patrick Lallemant

* « Classe », éditions P.O.L.

Blandine Keller en cinq dates

1974 : décroche le Capes, à 30 ans
1979 : obtient un détachement pour devenir journaliste
1985 : réintègre l’Éducation nationale
2004 : parution de « Classe »
2008 : quitte Saint-Denis, après y avoir vécu 25 ans

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