Premières Rencontres Parlementaires sur l’Université

Mardi se déroulaient à l’Assemblée Nationale les Premières Rencontres Parlementaires sur l’Université. Organisées à l’initiative de Daniel Fasquelle, député UMP et doyen de la faculté de droit de Boulogne-sur-Mer, elles ont été clôturées par Jean-François Copé. Elles furent l’occasion de confrontations sur des propositions de réforme de l’université, dans le contexte actuel de contestation de la loi sur l’autonomie.

Daniel Fasquelle a réuni universitaires et députés mardi pour une séance de travail dans une des salles du Parlement sur le thème suivant : « L’Université française : irréformable ou malade de la réforme ? » L’objectif de cette journée était de débattre, tous bords confondus, de la faisabilité ou non d’une réforme en profondeur de l’université française. Le débat s’inscrivait bien sûr dans le cadre de la crise actuelle de contestation de la réforme du statut des enseignants-chercheurs, voire de remise en cause de la loi LRU.

Des réformes possibles ?

Pour introduire le débat, Daniel Fasquelle a indiqué que depuis 40 ans, l’université ne cessait d’être réformée. Le problème étant que les réformes ne sont pas forcément les bonnes. Il a cité celle de la semestrialisation, qui n’a pas donné les résultats attendus, et la réforme LMD, qui a totalement bouleversé le paysage universitaire, déstabilisant un système où pourtant plusieurs choses fonctionnaient très bien. Et de citer l’exemple des DEA et DESS, diplômes lisibles et reconnus, disparus avec la réforme. Il a bien entendu parlé de la réforme du statut des enseignants-chercheurs. Elle suscite le mécontentement, car elle est ressentie comme touchant à leur liberté et à leur indépendance pédagogique. Or cette liberté est à peu près le seul avantage qu’il leur reste au vu de leurs conditions de travail absolument dégradées. Elle est par ailleurs constitutive de leur profession, comme l’a rappelé Yves Gaudemet, professeur de droit à l’université Paris 2, citant la décision du Conseil Constitutionnel du 20 janvier 1984. Décision contredite par la loi LRU du 20 août 2007. L’université est-elle irréformable pour autant ? Elle ne l’est pas, pour Daniel Fasquelle, si l’on suit plusieurs principes. Il ne faut pas tenter de plaquer des modèles étrangers tout faits sur le système français. Il faut aussi tenir compte de la spécificité de l’université, qui n’est ni un lycée, ni une grande école, ni une entreprise. Deux faits majeurs doivent également être pris en compte : la difficulté à gérer la pluridisciplinarité –ne vaudrait-il pas mieux envisager des universités plus spécialisées– et la concurrence avec les grandes écoles. Concurrence qui amène aussi à se poser la question de la sélection à l’entrée de l’université… Le député reste néanmoins optimiste et a même évoqué la possibilité d’une loi LRU2…

Ne pas mélanger l’administratif et l’académique

Dans le cadre de cette réflexion, Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS (centre d’histoire sociale du 20e siècle, université Paris 1) fait deux remarques. Aux USA, les universitaires n’ont en charge que l’académique et la recherche, ils ne s’occupent nullement de gestion, ce rôle revenant aux conseils administratifs. Par ailleurs, les Américains ne se préoccupent absolument pas du classement de Shangaï. Ils ont leurs propres critères, plus adéquats avec leur système universitaire. Il a insisté également sur les procédures de recrutement américaines : elles se font par le biais d’un avis extérieur à l’université, les candidats sont ensuite reçus, puis s’ils sont retenus, deviennent professeurs invités pendant une période probatoire d’un an, à l’issue de laquelle ils sont ou non gardés. On est loin du localisme qui est encore malheureusement prédominant en France, souligne Jean-Fabien Spitz, professeur de philosophie à Paris 1. Pour lui, par ailleurs, le statut de fonctionnaire, très protecteur, est peut-être une entrave à l’implication des enseignants-chercheurs dans l’université. Aux Etats-Unis, une fois encore, les enseignants-chercheurs ne sont pas fonctionnaires, et leur investissement dans la vie de l’établissement est forte. L’université française conserve néanmoins de nombreux atouts.

Atouts et impasses

Paolo Tortonese, professeur de littérature à Paris-3 et secrétaire général de Qualité de la science française, a tenu à rappeler la spécificité de l’université : malgré la massification, elle demeure adossée à la recherche –et là se situe sa richesse et sa différence majeure avec les grandes écoles. Car l’université, on ne peut le nier, est confrontée au problème de la massification : les participants au débat ont ainsi rappelé qu’après guerre, on comptait 30 universités en France, et qu’aujourd’hui on en est à 85 ! Et elle est un paradoxe : alors qu’elle est une « garderie » pendant les premiers cycles poursuit Paolo Tortonese, elle n’a pas de concurrence avec d’autres structures dans ses cycles de recherche, de niveau très élevé ! Il y a là un déséquilibre difficile à gérer, auquel il serait bon de remédier. François Varin, professeur de sociologie à l’université Paris Ouest Défense, directeur de l’école doctorale EOS, note dans le même sens qu’en réalité l’université hérite pour le premier cycle du « tri fait par les autres » : une fois que les grandes écoles et les IUT ont sélectionné les meilleurs, le reste arrive à l’université. Il rappelle ainsi que 15% des bacheliers scientifiques seulement vont en fac de sciences ! Sauf pour les formations de droit, médecine et pharmacie, où l’université a le monopole professionnel, ailleurs elle est en concurrence avec d’innombrables cursus. On peut constater aussi que lorsqu’elle a le monopole, elle délivre d’excellentes formations. Faut-il alors aller jusqu’à clamer, comme Alain Ghozi, professeur de droit privé à Paris 2 : « il faut supprimer les grandes écoles ! » ?

Refonder le ministère de l’Enseignement supérieur

La vraie question à poser pour relancer le débat est pour lui de se demander quelle est aujourd’hui la place de l’université dans l’enseignement supérieur français. Il faudrait repenser un ministère de l’Enseignement supérieur qui ne soit pas seulement un ministère des Universités, mais un ministère qui chapeaute l’ensemble de l’offre de formation du supérieur, écoles comprises. Vincent Berger, président de Paris 7 note enfin qu’il est indispensable d’en finir avec la rupture entre université et entreprise, plus précisément entre innovation technologique et recherche fondamentale. Globalement, il faudrait aussi redorer le blason du doctorat, mal vu des entreprises, au contraire du PhD des pays anglo-saxons. Pour ce faire, il suggère entre autres d’aligner les salaires des universitaires sur ceux des industriels. Ils discuteraient au moins pour commencer d’égal à égal. On ne peut cacher qu’aujourd’hui, un des problèmes majeurs de la recherche, c’est la précarité : Isabelle This Saint-Jean, professeur d’économie à l’université Paris 13, présidente de Sauvons la recherche (SLR) a donné ainsi le chiffre de – 30% de doctorants prévus pour 2017.
Pour clore ces rencontres, Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée, a affirmé que la réforme de l’université est absolument indispensable, qu’elle doit s’inscrire dans une perspective mondiale, et qu’elle doit passer par la loi sur l’autonomie. Pour lui, chaque université n’est pas égale à une autre, et elles doivent être jugées sur des projets construits, projets qui leur permettent d’accéder à l’autonomie. Il a néanmoins temporisé en indiquant que cette loi était un point de départ pour une refonte du système universitaire, juste un moyen. Et que ces rencontres, qui se renouvelleront dans les mois à venir, seront un lieu de débat pour faire avancer les choses. Elles inaugurent « un nouveau style de débat sur l’université ».

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