Pour sociabiliser les étudiants précoces, une grande université japonaise les laisse enseigner

Certaines universités japonaises ouvrent leurs portes à des élèves surdoués sans qu'ils complètent toutes leurs années de lycée. Ils sont désormais encouragés à enseigner à des élèves plus jeunes pour améliorer leurs capacités relationnelles, et éviter leur mise à l'écart.

The Daily Yomiuri s’est récemment intéressé à l’intégration des enfants précoces dans une grande université japonaise, Meijo. Cette université privée imite depuis 2001 l’université publique de Chiba : toutes deux proposent un « parcours accéléré » pour certains élèves particulièrement doués. Ces élèves sont dispensés de terminer leurs années d’études au lycée avant d’intégrer l’université. Mais la différence d’âge avec les autres étudiants est comme partout ailleurs une source potentielle de tracas et de repli sur soi.

L’éducation secondaire au Japon est divisé en deux parties distinctes. Bien que 99% des étudiants qui terminent la première phase du lycée (âgés de douze à quinze ans en moyenne) poursuivent jusqu’au bout, les deux dernières années du secondaire sont facultatives. Une circulaire gouvernementale officielle autorise même depuis 1997 les lycéens particulièrement talentueux à partir pour l’université éventuellement dès la fin de leur deuxième année de lycée ! C’est pourquoi des programmes d’intégration universitaire anticipée font depuis leur apparition pour ces élèves hors du commun. Par exemple, les lycéens démontrant des dispositions exceptionnelles pour les mathématiques ont l’opportunité de postuler pour intégrer un département de sciences à Meijo, avec au moins deux ans d’avance.

Le système scolaire japonais, parmi les plus exigeants au monde, est depuis longtemps confronté au problème des élèves en avance pour leur âge. Hiroshi Kawatsu, en charge du programme spécial qui attend ces élèves à Meijo, explique : « Ces étudiants sont exceptionnellement brillants dans un domaine ou un autre, mais il peuvent moins briller ailleurs, notamment dans les aptitudes sociales. Si nous ne faisons que les aider à développer leurs points forts, ils pourraient finir par devenir prétentieux. » D’où l’idée d’une expérimentation : « Nous devons leur donner l’occasion d’intéragir et de créer des liens avec d’autres personnes, afin qu’ils élargissent leurs perspectives et développent de l’assurance. »

Lors des « journées d’initiation à la science », tenues deux fois par ans à l’université, ces élèves sont donc mis dans la peau de professeurs. D’abord bégayant face à des groupe d’élèves de primaire et de collège, ils prennent généralement plus confiance en eux, au fur et à mesure que les enfants se prennent au jeu des expériences pratiques qui leur sont proposées. La poignée d’étudiants mobilisés de la sorte sont en effet libres d’organiser leurs propres activités, et de bâtir eux-mêmes les plans de leurs leçons.

Le bilan est très positif. Ils ne sont encore que trois à Meijo à bénéficier de ce traitement d’insertion particulier. L’expérience pédagogique est un bonus qui tend à les responsabiliser. Mais ces jeunes surdoués en retirent surtout de meilleures capacités à s’exprimer, communiquer, et se lier à leurs camarades en ignorant la différence d’âge… Précisément les attributs dont leurs parents et leurs éducateurs déploraient souvent l’absence. C’est ainsi qu’en les laissant enseigner, on fait finalement d’eux… de bien meilleurs élèves.

Partagez l'article

Les commentaires sont fermés .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.