L’Inde sur la voie d’une réforme de l’éducation sans précédent ?

En Inde, la gestion des établissements scolaires reste le monopole d'un gouvernement surendetté. Le ministre responsable de l'enseignement primaire à supérieur, Kapil Sibal, s'est assigné la lourde tâche de réformer le système. Sa solution : la libéralisation de l'enseignement.

Kapil Sibal est le ministre indien de l’Education1. C’est un homme réaliste et ambitieux, qui a le sens de ses responsabilités. Comme en témoigne le journal indien The Tribune dans un entretien exclusif, il poursuit avec détermination son objectif : offrir une éducation décente au plus grand nombre. Pour cela, il lui semble nécessaire « d’ouvrir le système éducatif » indien aux assistances extérieures, pour sortir du carcan d’une gestion exclusivement gouvernementale.

Son projet s’inspire de ce que Manmohan Singh, alors ministre des finances, avait appliqué à l’économie en 1991. Il s’agissait alors d’ouvrir la porte de l’économie indienne au libéralisme et aux échanges internationaux. Kapil Sibal envisage des mesures similaires pour sauver un système éducatif sinistré, notamment des coopérations entre secteur public et privé, et l’instauration d’un système de prêts étudiants qui fait cruellement défaut. Ces réformes sans précédent risquent d’être mal accueillies, car l’Inde reste un pays hautement traditionnaliste. Mais l’homme a des arguments sérieux à avancer.

Dans une interview accordée à CNBC-TV18, reprise en partie par livemint.com, il développe : « Il faut arracher [le pouvoir d’accréditation des universités] des mains du gouvernement pour le confier à un organisme régulateur indépendant. (…) Je pense qu’une fois que cela sera fait, tout le monde pourra accéder à l’enseignement supérieur. (…) N’importe qui devrait pouvoir créer une université, et avoir le droit d’entrer dans la compétition pour la reconnaissance de la valeur de ses diplômes. Dès qu’un tel système sera en place, tout se règlera facilement et nous aurons l’investissement nécessaire pour combler notre déficit de 2500 milliards de roupies [env. 35 Mds €] si des politiques adéquates sont appliquées. »

Ah, aurais-je oublier de le mentionner ? L’état catastrophique du système éducatif indien n’est pas arrangé par le niveau des finances de l’Etat… La dette nationale de l’Inde représentait près de 6% de son PNB en 2009. Fin mai, le montant en était évalué plus exactement à 50 milliards d’euros (3300 milliards de roupies). L’ouverture aux investissements étrangers devrait permettre de remplir à nouveau les caisses. L’argument est séduisant face à un tel gouffre financier, mais peut-être pas suffisant…

Car Manmohan Singh, l’économiste audacieux des années 90, est devenu Premier ministre de l’Inde le 22 mai 2004. Il est depuis critiqué pour « l’inactivité de son gouvernement au cours des cinq dernières années ». Ainsi, l’analphabétisme touche encore plus de 40% des femmes indiennes, malgré ses promesses. Le gouvernement dépend en fait largement de l’absence d’instruction chez des centaines de millions d’Indiens pour assurer sa réélection… Le mentor politique de Kapil Sibal sera-t-il finalement son adversaire le plus acharné ?

Note(s) :
  • (1) Le ministre indien de l'Education porte le titre trompeur de ministre du

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