Michel Fichant : « la Sorbonne ne délivrera pas de diplômes au rabais »

Après trois mois de grève et de blocage, les cours ont repris le 25 mai à la Sorbonne, avec des examens programmés pour la fin du mois de juin. Mais dans quelles conditions ? État des lieux avec Michel Fichant, directeur de l’UFR de philosophie et de sociologie de l’université de Paris IV Sorbonne, et président du comité stratégique de l’université.

Quelle est l’ambiance à la Sorbonne depuis la reprise des cours ?

L’ambiance est paradoxale. D’une certaine façon, elle est bonne, tout à fait normale, habituelle, comme s’il ne s’était rien passé ! Les cours se déroulent tout à fait normalement. Les étudiants vont et viennent comme d’habitude dans les couloirs, sans tension apparente entre anciens grévistes ou bloqueurs et ceux qui ne l’étaient pas. C’est un peu différent chez certains collègues qui éprouvent un réel sentiment de frustration ou d’amertume. Ils assurent leurs cours normalement, mais, en privé, expriment ce genre d’état d’âme.

Où en est-on du calendrier et comment organisez-vous la fin de l’année ?

Le calendrier, qui a été validé par un vote massivement favorable des trois conseils centraux de l’université, prévoit la poursuite des cours jusqu’au 19 juin. En quatre semaines, nous ne pouvons pas rattraper tout le retard. La plupart des collègues ont donc ajusté le contenu de leur enseignement à ces conditions particulières. Les examens sont programmés la semaine suivante, du 22 au 27, avec des épreuves adaptées, organisées dans le cadre de chaque enseignement.

La formule que vous venez d’employer n’est-elle pas une traduction diplomatique de « diplômes au rabais » ?

Je ne crois pas. Il y a du reste un précédent, puisque nous avions connu les mêmes conditions il y a trois ans, au moment de la crise du CPE. Dans mon UFR, il y aura des épreuves sur l’ensemble des enseignements donnant lieu à examen dans la maquette normale. La plupart du temps, elles seront toutefois moins longues et leur nature s’en trouvera modifiée. Si, par exemple, il était prévu quatre heures pour une dissertation et si l’épreuve est ramenée à deux heures, elle se transformera plutôt en commentaire de texte, éventuellement assorti de questions pour les premières années, ou en analyse de documents. Mais il ne faut pas s’enfermer dans une représentation uniforme de ce que doit être un examen.

Si l’on se projette un peu, comment voyez-vous la rentrée ?

C’est assez imprévisible pour le moment et tout dépendra de ce qui va se passer d’ici là. Le sentiment général est que l’on ne peut pas envisager une nouvelle crise équivalente à la rentrée. Mais je ne peux quand même pas exclure des difficultés. Tout dépendra de la manière dont monsieur Darcos avancera sur le dossier de la formation des enseignants. La façon dont il gère les choses est plutôt inquiétante. Mais il va y avoir un remaniement ministériel, donc on verra bien… Je considère par ailleurs que la réécriture – c’était d’ailleurs plus que ça à mes yeux – du décret sur les enseignants-chercheurs a réglé une bonne partie du contentieux avec Madame Pécresse. Concernant l’image de l’université, la baisse du nombre des étudiants dure depuis déjà plusieurs années. Les premières tendances pour la rentrée prochaine ne semblent pas indiquer d’accélération du phénomène.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

Avec un peu de recul, quel bilan tirez-vous de ce mouvement ?

Les garanties non négligeables que nous avons obtenues sur notre statut n’ont été possibles que parce que nous avons fait grève. Cela dit, au début du mouvement, nous avons sans doute sous-estimé la capacité de résistance des ministres. Nous aurions peut-être procédé autrement si nous avions anticipé un mouvement aussi long.

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