Devenir enseignant… en Espagne

À l’image de la gestion du système éducatif, le recrutement des professeurs en Espagne est de la compétence des régions1. Mais qu’en est-il de leur formation ? Monique Coste-Laffite, IA-IPR2 d’espagnol et vice-doyenne du collège des IA-IPR de l’académie de Toulouse, nous éclaire sur le parcours des enseignants de l’autre côté des Pyrénées.

Quel est le niveau requis pour accéder aux métiers de l’enseignement ?

Quel que soit le niveau d’enseignement3 visé, il faut posséder au minimum un titre universitaire, diplomatura ou magisterio, validant trois années d’études après le baccalauréat et une spécialité de niveau ou de matière. Les enseignants qui se destinent au secondaire doivent détenir une licence de spécialité de matière, licenciatura, obtenue au terme de cinq années d’études. Les candidats à l’enseignement supérieur doivent, en plus, soutenir une thèse de troisième cycle voire passer un doctorat, doctorado. Pour enseigner dans le secteur public, il est indispensable de réussir l’examen d’état, oposición, qui est un concours de spécialité de matière puis de suivre une année probatoire sur le terrain.

Comment se déroule la formation initiale des enseignants ?

La formation initiale des enseignants4 du primaire dure un an. Elle débouche sur un certificat d’aptitude pédagogique, curso de aptitud pedagógica (CAP) et se déroule majoritairement sous la forme d’un stage tutoré, validé, ou non, par une commission5. Il s’agit d’une formation didactique très axée sur la pratique pédagogique, comprenant à peine 30 heures de théorie et à la fin de laquelle on obtient le diplôme de maître dans la spécialité choisie : pré-primaire, primaire généraliste, langue étrangère, musique ou éducation physique.
En ce qui concerne l’enseignement secondaire, la formation s’effectue après le second cycle, dans des instituts rattachés aux facultés d’éducation, institutos de ciencias de la educación (ICE).

Qu’en est-il de la formation continue ?

L’organisation du temps de travail des enseignants des 1er et 2nd degrés leur permet de prévoir des plages régulières de formation continue et à moindres « dérangements ». En effet, si leurs obligations de service sont de 18 heures, leur temps de présence dans l’établissement est de 25 heures hebdomadaires. La formation continue, qui peut être de type disciplinaire (remise à jour des contenus) ou de type pédagogique, se déroule, le plus souvent, sur ces heures de présence hors de la classe6 ainsi que pendant les vacances d’été. Elles peuvent avoir lieu dans le centre d’enseignement ou à l’extérieur (centres de professeurs, centres de ressources pédagogiques ou services éducatifs selon les autonomies).

Existe-t-il un distinguo entre le recrutement des enseignants du public et celui des enseignants du privé ?

S’il n’est pas envisageable d’intégrer le secteur public sans réussir l’examen d’état (chaque autonomie ouvre le concours en fonction du nombre de places vacantes en primaire et secondaire), il est tout à fait possible d’être recruté par un institut privé sur simple présentation de son CV. L’embauche se fait alors sur le principe d’un contrat ponctuel dont les termes peuvent être très variables. La proportion des établissements privés, religieux ou non, est toujours très élevée en Espagne (l’enseignement public y a longtemps été dénigré). De plus, de nombreuses structures para scolaires privées dites academias qui accueillent les élèves en soutien après leur journée de classe et pendant les vacances, font florès. Les opportunités d’enseigner ailleurs que dans le secteur public sont donc nombreuses.

Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

(1) L’Espagne est divisé en 17 régions, appelées « communautés autonomes ».
(2) Inspecteur d’académie – inspecteur pédagogique régional
(3) Le système éducatif espagnol comporte trois niveaux : la educación primaria (primaire) de 6 à 12 ans, la educación secundaria (secondaire) de 12 à 18 ans composée de 4 années obligatoires et de 2 années de bachillerato menant au baccalauréat, et la educación superior (supérieure).
(4) Après l’obtention du concours
(5) La commission de validation est composée du tuteur, du directeur de l’établissement et de l’inspecteur
(6) Ces heures de présence permettent par ailleurs aux enseignants de recevoir les familles, de faire leur travail de professeur principal, de mettre en place et de peaufiner l’organisation pédagogique de l’établissement, d’assurer le remplacement d’un collègue (les remplacements n’excédant pas quatre jours sont gérés en interne)…

Quelles sont les perspectives de carrière des enseignants espagnols ?

En Espagne, le métier d’enseignant est encore assez valorisé. Il est respecté par la population et est correctement rémunéré. Ainsi, les carrières sont stables et sans trop de surprise. Les enseignants, à qui l’on attribue une grande liberté pédagogique, choisissent d’entrée leur spécialité et s’y tiennent. D’autant que, malgré l’absence apparente de rigueur dans les classes, les conditions d’enseignement en Espagne sont, finalement, plutôt satisfaisantes.

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