Benoist Apparu : « Plus personne ne conteste la nécessité de réformer le lycée »

Une semaine avant Richard Descoings, Benoist Apparu a remis le rapport d’une commission parlementaire sur la réforme des lycées. Au menu l’unification des classes de seconde, l’apparition de véritables filières en terminale, un baccalauréat plus « resserré » et 30 heures de cours par semaine…

Richard Descoings vient de remettre son rapport sur la réforme des lycées au président de la République. En quoi le vôtre était-il nécessaire ?

Le rapport Descoings a été commandé par l’exécutif, par le gouvernement. Si les députés n’avaient rien fait, l’Assemblée serait passée complètement à côté de la réforme des lycées, puisqu’il s’agit d’un domaine purement réglementaire, qui ne donnera lieu au vote d’aucune loi. Que le Parlement soit exclu d’un sujet aussi essentiel me paraissait quand même pour le moins surprenant ! En outre, cette réforme, lorsqu’elle a été initiée, n’entraînait aucun consensus sur sa nécessité. Les travaux menés pendant plusieurs mois par Darcos, puis Descoings, puis moi, ont provoqué un « fond musical » sur la nécessité de la réforme, qui a permis de convaincre de son urgence. Le débat ne porte plus désormais sur la nécessité de réformer le lycée, mais sur la façon de le faire.

Vous formulez trente propositions souvent jugées novatrices, audacieuses. Ne le sont-elles pas trop pour être applicables ?

Nous précisons dans le rapport que nos préconisations n’ont pas toutes vocation à s’appliquer à la rentrée 2010, et pourraient s’étaler sur trois ou quatre ans. Certaines de nos suggestions peuvent cependant entrer en vigueur rapidement, comme le quota de 50% de bacheliers technologiques dans les IUT, la réforme de la première année d’études supérieures, les différents sas de remédiation ou les dispositifs d’autonomie. En ajoutant à ces changements une réforme de l’architecture du lycée, sans doute un peu différente de la nôtre** qui est assez musclée, ce ne serait déjà pas mal.

Des désaccords sont apparus au sein de la commission. Sur quels points portaient-ils ?

Sur rien ! C’est une pure question de stratégie politique. Fin avril, j’ai présenté l’ensemble des huit ou neuf propositions les plus fortes aux membres de la mission. A l’époque, ils étaient d’accord sur tout, et ils le disaient clairement. Entre temps, ils sont sans doute passés par la case Solférino…

Dans l’actualité, il y a aussi la violence scolaire. Que pensez-vous des mesures annoncées par Nicolas Sarkozy ?

Globalement, que du bien. Ce qui me gêne malgré tout, c’est que ces problèmes de violence, aussi essentiels soient-ils, me semblent secondaires par rapport à la réforme des lycées. Il est donc dommage que les uns éclipsent l’autre. Il n’en demeure pas moins que l’idée même de voir un gamin entrer dans un établissement scolaire avec un couteau, un marteau ou une clé à molette est totalement intolérable. Or, sur la seule académie de Créteil, c’est arrivé 67 fois l’an dernier. Il faut donc en tirer les conséquences. Et, à part les portiques et les fouilles, je ne connais pas de méthode efficace. En tout cas, une jolie campagne sur le respect à l’école ne suffira pas.

Vous n’avez pas caché vos ambitions ministérielles. Cela veut-il dire que vous pensez pouvoir faire mieux que Xavier Darcos ?

Non, cela signifie qu’intégrer l’exécutif m’intéresse dans la mesure où la réalité de l’action se situe au sein du gouvernement. Mais je ne veux pas nécessairement du portefeuille de l’Education, ne serait-ce que pour avoir le temps de faire mes gammes. Et surtout parce que je considère Darcos comme un très bon ministre. Je pense même qu’il faudrait qu’il reste en place.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

* député UMP de la Marne
**Pour favoriser la transition lycée-université, la mission Apparu préconise notamment de déspécialiser la première année de licence autour des quatre grands secteurs de formation de l’enseignement supérieur (disciplines juridiques, économiques et de gestion – lettres, sciences humaines et sociales – sciences – technologies). La spécialisation interviendrait en deuxième année. Elle suggère aussi de permettre aux équipes pédagogiques de disposer librement de 10 % de leurs dotations horaires, de scinder ou d’élargir les classes à des fins pédagogiques ou d’achever les cours devant les classes à 15 heures.

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