Qu’est-ce qu’une carte heuristique ?

C’est un dessin qui sert à représenter les composantes d’une pensée complexe, dans ses contenus comme dans son articulation. Il prend la forme d’une arborescence, composée de branches principales et de ramifications, montrant à la fois un résultat final et une démarche. D’un point de vue matériel, c’est un outil dans lequel on peut incorporer du texte, de l’image, du son, de la vidéo et des liens internet. Il permet donc de se projeter au-delà de la propre pensée émise. Une de ses caractéristiques est l’ouverture et la fermeture de chacune des branches, sur le principe de fonctionnement de l’arborescence du contenu d’un ordinateur. Ce qui en fait un instrument très intuitif, souple et bien plus simple à utiliser qu’un tableur.

Mais en quoi est-elle un outil pédagogique pertinent ?

La carte heuristique permet d’apprendre aux élèves à chercher et à classer. Elle leur fait prendre conscience des mécanismes analogiques (associations d’idées) qui guident la construction de la pensée. Elle valorise l’invention, autorisant les élèves à se lancer dans la réflexion sans passer par le mode linéaire du traitement de texte qui peut, dans certains cas, être un frein à la pensée. Elle permet de cartographier et de proposer une vision déployée d’une problématique, comme, par exemple, la lecture d’une oeuvre à la composition complexe (voir la carte de « Jacques le fataliste et son maître » de Diderot). En termes de gestion de classe, travailler sur une carte heuristique favorise une prise de parole plus active (moins centrée sur l’esthétisme de la phrase) que l’exercice de l’exposé. Les élèves fonctionnent en mode prise de notes et sont amenés à construire un discours autour d’une idée telle qu’ils ont souhaité, eux-mêmes, lui donner une forme.

exemple de carte heuristique

La carte heuristique permet d'organiser sa pensée.

Dans quels contextes et à quelles fins peut-elle être utilisée par les enseignants ?

La carte heuristique s’utilise dans des situations d’enseignement très variées. En individuel, en petits groupes de deux à quatre élèves (avec possibilité de mise en commun et d’addition des cartes), ou en configuration de classe entière. Dans ce dernier cas de figure, l’enseignant joue le rôle de secrétaire et retranscrit la pensée collective sur une carte commune. Concernant son emploi dans l’apprentissage du français, la carte heuristique est utile tant pour les travaux de narration (dès la 6e), d’argumentation (à partir de la 4e), d’analyse de textes (au lycée) que de synthèse de documents (BTS). Elle est par ailleurs très pratique pour la construction de dossiers documentaires.

Quelles sont les compétences requises pour réaliser une carte heuristique ?

Des compétences basiques en traitement de texte (copier, coller, déplacer, rechercher, enregistrer…) suffisent. Les logiciels libres, type Freemind, ou payants permettant l’élaboration et l’exploitation de cartes heuristiques, sont très simples d’utilisation. En moyenne, les élèves mettent moins de trente minutes pour les maîtriser. Et l’on peut toujours s’aider des didacticiels vidéo. Des connaissances complémentaires sont nécessaires si l’on veut mettre en ligne ces documents et les rendre cliquables, mais, globalement, les compétences techniques exigées sont réduites. L’essentiel, pour les enseignants, est de comprendre dans quelles circonstances la carte heuristique peut s’avérer efficace et de l’utiliser à bon escient.


             Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


(1) Le dossier d’Educ Net consacré aux cartes heuristiques en détaille l’utilisation en cours de français. Les cartes heuristiques peuvent également être utilisées dans d’autres matières. Pour un exemple d’utilisation en histoire, géographie et éducation civique, voir le site « Histoire de bloguer » ( http://leprofdhistoire.wordpress.com/)
(2) Voir le site du groupe de travail Lettres et TICE de Besançon.