Grand Corps Malade : « Un grand respect et une énorme estime pour les enseignants »

Grand Corps Malade, slameur récompensé par deux Victoires de la musique en 2007, vient de mettre en ligne sur son site Internet un clip intitulé « Education nationale1 ». Il y exprime ses inquiétudes pour l’école publique et l’avenir des jeunes des banlieues.

Qu’est-ce qui vous a inspiré ce texte ?

L’enseignement et l’éducation constituent des thèmes qui m’intéressent et me préoccupent depuis déjà longtemps. Le déclic est survenu en rentrant d’un atelier d’écriture à Epinay, dans une petite école primaire. En discutant avec les élèves, avec l’institutrice, l’envie m’est venue d’écrire ce texte. J’ai beaucoup d’amis profs ou instits, j’interviens dans des établissements scolaires, mais je ne suis pas enseignant moi-même. Je n’ai donc pas la prétention d’avoir analysé finement le système éducatif français. J’ai simplement essayé d’exprimer une réalité, telle que je la voyais de ma fenêtre.

« L’éducation n’est pas une priorité… », « Il n’y a pas d’Education nationale, il n’y a que des moyens de survie locaux »… Le trait n’est pas un peu forcé ?

Malheureusement, je ne pense pas. Dans mes textes, même sur les thèmes les plus graves, j’essaie de ne jamais être pessimiste, de toujours montrer qu’il y a de l’espoir et que des solutions existent. Et là, si j’emploie des mots un peu durs, c’est que malheureusement je crois qu’on va dans le mauvais sens. L’enseignement est en crise depuis plusieurs années, et au lieu d’essayer de combler les disparités, j’ai l’impression que le fossé continue de se creuser. Les nombreuses réactions d’enseignants qui viennent témoigner sur mon site m’amènent d’ailleurs à penser que je ne me suis pas trop trompé. Ce clip a l’air de faire du bien à des gens qui le méritent, et j’en suis très heureux. Car j’ai un énorme respect et une grande estime pour ce métier.

Quel souvenir personnel gardez-vous de l’école ?

J’étais à l’école à Saint-Denis, où j’ai grandi. J’en garde de bons souvenirs, je n’y allais pas du tout en traînant les pieds. J’étais plutôt un bon élève, je n’ai jamais redoublé. Je n’étais pas non plus le plus assidu, ni le plus sage. Les souvenirs d’apprentissage se mêlent donc aux souvenirs d’ambiance et, je ne vais pas vous le cacher, de potes, de déconne et de cour de récréation. Et si je n’y pense jamais quand je me mets à écrire, je sais très bien que l’école publique a contribué à faire de moi ce que je suis aujourd’hui. Avec le recul, je me rends compte de la chance que j’ai eue de l’avoir fréquentée, d’avoir bénéficié d’un apprentissage complet, dans toutes les matières et d’avoir été en contact avec d’autres élèves, dans un milieu très cosmopolite.

Que représente votre implication dans des ateliers d’écriture ?

C’est une autre façon de m’engager. C’est d’ailleurs la forme dans laquelle je me sens le plus à l’aise, loin des médias et de la lumière. Ce sont de petites actions, au niveau local, pour essayer de faire vivre ma ville. J’anime un atelier hebdomadaire, avec un petit groupe. Le plus jeune participant a 10 ans, la plus âgée 85 ! On écrit, on slamme ensemble, on monte des petits spectacles. À côté de ça, j’interviens également plus ponctuellement en milieu scolaire, mais aussi dans des prisons, des centres sociaux, des hôpitaux… J’en retire beaucoup. J’exerce un métier particulier et ces actions me permettent de garder les pieds sur terre, de rester en contact avec la vraie vie, avec des gens qui travaillent, qui vont à l’école… Elles me nourrissent aussi. Ces rencontres sont la source de mon inspiration, de mon envie d’écrire.

Vos textes sont désormais étudiés dans les écoles. Quelle impression cela vous fait-il ?

Ça me fait tout drôle. Je suis honoré que des professeurs de français jugent mes textes suffisamment intéressants pour apporter quelque chose à leurs élèves. Plus généralement, en déconnectant cette réflexion de mes seuls textes, je trouve bien de faire étudier les textes d’auteurs contemporains, sans pour autant se couper du classique, pour intéresser les élèves à la littérature, à l’écriture, à la poésie. Et, d’un autre côté, je trouve un peu bizarre que des élèves puissent peut-être avoir des mauvaises notes à cause de moi. Parce que ce n’était quand même pas le but à la base !

Propos recueillis par Patrick Lallemant

(1) Le clip peut être vu sur le site de Grand corps malade.

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