Qu’entendez-vous par « doper sa carrière d’enseignant » ?

La profession d’enseignant est souvent perçue comme un sacerdoce et parler de carrière dans l’Éducation nationale est encore assez tabou. Pourtant, pour mieux vivre son métier et être épanoui personnellement, il me semble important de se sentir maître de son parcours. Mais encore faut-il pour cela oser se poser les bonnes questions, analyser sa lassitude, ses frustrations, ses envies et connaître les pistes d’évolution, de diversification voire de reconversion existantes. Les enseignants ont tendance à avoir une vision rectiligne de leur évolution professionnelle. Alors que des pistes concrètes existent.

Précisément, quel est l’éventail des possibilités ?

Il est très large et va crescendo. Il est possible de s’investir dans son établissement : prendre des responsabilités de professeur principal, devenir conseiller pédagogique, changer de niveau de classe… On peut aussi vouloir découvrir un autre contexte d’enseignement : le supérieur2, l’enseignement agricole, les structures du ministère de la Défense… Pour un changement environnemental plus radical, il y a la possibilité d’une affectation dans les DOM-TOM ou dans un établissement français à l’étranger. Concernant les activités parallèles, certaines, comme l’écriture de manuels ou les travaux de recherches ne demandent pas d’autorisation particulière et permettent une approche complémentaire du métier. Enfin, reste aussi la possibilité d’accéder aux métiers de direction et d’inspection via les concours et d’une manière générale, d’utiliser les passerelles de la fonction publique.

Quel est, selon vous, le meilleur moment pour reprendre sa carrière en main ?

On peut ressentir un besoin physiologique de changement au bout de dix, quinze ans de carrière, lorsque s’est installée une certaine routine et qu’apparaît un manque d’entrain manifeste. Mais il n’est pas nécessaire d’éprouver de la lassitude pour avoir envie de varier les expériences. C’est un cercle vertueux : plus on multiplie les activités et plus on est dynamique. Mieux on est face à soi-même et mieux on se sent devant ses élèves. Je crois qu’il est salvateur, dans un métier où l’on vous confie d’emblée autant de responsabilités qu’à un collègue de trente ans votre aîné, de savoir que le chemin n’est pas tout tracé.

Qu’est-ce qui peut freiner ce nouveau départ ?

Trouver les informations légales, monter des dossiers, obtenir un congé de formation, décrocher des autorisations… sont des opérations fastidieuses et parfois décourageantes. Abandonner ses acquis et avantages (horaires, vacances, cadre de vie, organisation familiale…) n’est pas non plus toujours facile. Il existe aussi une barrière psychologique liée à la difficulté, pour certains, de quitter un système par lequel et pour lequel ils ont été formés. Mais, encore une fois, le frein le plus important reste, à mon sens, une certaine méconnaissance des possibles. 

                           Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

(1) « Doper sa carrière d’enseignant » (éditions Eyrolles, collection Master Class – La boîte à outils des enseignants, avril 2008, 182 pages) 
(2) Affectation des PRAG (professeurs agrégés)