Thierry Labica : « Nous sommes fatigués d’entendre des sottises »

Après 14 semaines de conflit, la situation dans les universités semble s’enliser. Sur de nombreux campus, la menace sur les examens se précise. La Coordination nationale des universités a d’ailleurs appelé à ne pas les organiser. Maître de conférences au département d’études anglophones de Paris X-Nanterre, Thierry Labica est l’un des porte-parole de cette Coordination.

Quand vous lisez dans Le Parisien, il y a quelques jours, que 93% des étudiants souhaitent passer leurs examens, qu’est-ce que cela vous inspire ?

On ne mène pas un mouvement en fonction des sondages du Parisien ! Si ses journalistes s’intéressent à ce point à l’Université, qu’ils viennent la voir. Quand on a été en grève pendant des semaines, sur des questions aussi importantes, c’est difficile de voir le débat caricaturé à ce degré. Pour le reste, sur la question des examens, nous sommes pris entre deux feux. Nous avons certes appelé à ne pas les organiser, pour répondre au passage en force du ministère sur le statut des enseignants-chercheurs. C’est également une affaire de cohérence pédagogique, puisque les cours n’ont pas été assurés. Mais personne ne souhaite laisser tomber les étudiants. Nous passons des dizaines d’heures par semaine à essayer de négocier entre collègues l’atterrissage le plus cohérent possible.

Pour quelles raisons appelez-vous à la poursuite du mouvement malgré les concessions gouvernementales sur la formation des maîtres ou le statut des enseignants-chercheurs ?

Mais, à l’exception d’effets d’annonce, nous n’avons rien obtenu ! Dans certains cas, comme la comptabilisation des heures supplémentaires, la réécriture des décrets est même porteuse d’ambiguïtés nouvelles. Nos cinq points de revendication n’ont donc pas changé : contrat doctorant, statut des enseignants-chercheurs, formation des maîtres, suppressions de postes et avenir des organismes de recherche. Croyant sans doute que nous rendrions les armes à l’approche des examens, le gouvernement a joué l’usure. Dans ces conditions de durcissement, caractérisé par une attitude extrémiste du ministère – le mot n’est pas de nous, mais de la présidente de Nanterre – notre position est simplement cohérente.

Vous évoquez une attitude extrémiste du ministère, mais ne peut-on vous faire le même reproche ?

Apparemment si, puisqu’on nous le fait constamment, à grand renfort de procès d’intention et de représentations peu conformes à la réalité du mouvement universitaire ! Il est vrai que, dans une situation difficile, la revendication paraît plus radicale. Cela étant dit, la Coordination a réuni 78 délégations en provenance de 64 établissements. Elle regroupe des étudiants, des personnels administratifs et des enseignants, certains syndiqués, d’autre pas. Nous comptons dans nos rangs des gens tout à fait modérés, loyalistes vis-à-vis de l’institution. Difficile de nous faire tous passer pour de dangereux gauchistes. Et pourtant, alors que le mouvement dure depuis des mois, nous n’avons jamais été conviés à la table des négociations.


 


Des discussions ont tout de même été menées avec les syndicats. Elles ne comptent pas à vos yeux ?

D’abord, elles sont venues très tard. Ensuite, les syndicats les plus représentatifs, et notamment le Snes-Sup puis FO, les ont quittées très vite, confrontés à ce qu’ils considéraient comme un simulacre. D’autres organisations, incomparablement moins représentatives, ont décidé de poursuivre les négociations. Il ne s’agit pas pour nous de tenir un discours antisyndical. Mais, au risque de me répéter, nous n’avons jusqu’à présent obtenu gain de cause sur aucune de nos cinq revendications.

Concrètement, comment voyez-vous l’évolution de la situation ?

C’est une excellente question ! Nous essayons d’envisager les divers scénarii possibles, qui tiennent compte de la diversité des positions et vont de la reprise pure et simple des cours à la suspension des examens et des diplômes, en passant par des formes de neutralisation du semestre. Concrètement, les choses doivent se préciser dans les établissements, au fur et à mesure des conseils d’administration et des conseils de la vie étudiante, dans les jours et les semaines qui viennent. Mais quand bien même le mouvement s’arrêterait, et je ne suis pas sûr qu’il le fasse, la confusion administrative est telle que ses conséquences se feront sentir au-delà des vacances. C’est une catastrophe pour l’image de l’Université, mais c’est la rigidité du ministère qui nous a conduits à cette impasse.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

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