Intimidation à l’école : une initiative québécoise

« L’intimidation, ça ne passe pas avec moi ! » Tel est le nom du plan d’action contre l’intimidation à l’école, lancé depuis la dernière rentrée scolaire par onze écoles primaires du secteur Est de la la ville de Longueuil, au Québec. Les explications de Francine Desorcy, responsable du projet.

Quelles sont les attitudes qui, pour vous, relèvent de l’intimidation ?

Ce sont des comportements qui peuvent aller jusqu’à ce que nous appelons le taxage, le racket chez vous. Mais, d’une manière plus générale, l’intimidation recouvre tous ces gestes, posés volontairement par une personne envers une autre, pour établir sur elle un certain pouvoir, une certaine domination. Elle peut donc aussi prendre la forme de menaces, de dénigrement, de harcèlement psychologique, d’agressions physiques…

Qu’est-ce qui a amené les directeurs de vos 11 écoles à décider d’un tel plan ?

Nous travaillons souvent ensemble sur les sujets qui concernent nos onze écoles. Le thème de l’intimidation revenait fréquemment dans nos échanges, en termes de prévention : comment offrir à nos élèves le meilleur encadrement possible, pour éviter que de telles situations se produisent ? Nous sommes des établissements du primaire, les cas d’intimidation étaient donc peu nombreux. Mais le phénomène était quand même présent et nous souhaitions partager notre expertise et nos expériences de soutien réalisées auprès des élèves.

Quelles sont les lignes directrices de votre plan de lutte ?

Il commence par ce que nous appelons « le filet de sécurité » : que les enfants sachent que les adultes sont là pour les encadrer, les protéger, et qu’il n’y aura aucune tolérance en matière d’intimidation. Ce principe posé, nous avons défini trois niveaux d’intervention. Le premier concerne bien sûr les élèves, qu’ils soient acteurs ou victimes potentiels de l’intimidation. Nous formons également le personnel des écoles pour lui permettre de comprendre la dynamique du phénomène et et le préparer à intervenir de manière adéquate sur ces situations. Enfin, nous avons décidé d’impliquer les parents, ce qui ne se faisait pas beaucoup jusqu’à présent. L’objectif est qu’ils puissent se rendre compte que leur enfant pratique ou subit de l’intimidation, pour le canaliser ou le soutenir et, en même temps, prévenir l’école.

Comment ce programme se décline-t-il auprès des élèves ?

Il s’appuie sur des ateliers menés en classe. Chez les petits, nous travaillons en priorité les pratiques des habiletés sociales, pour les aider à communiquer entre eux. Pour les élèves du milieu du primaire, nous nous concentrons davantage sur la gestion des conflits pour éviter qu’ils dégénèrent, et sur la reconnaissance d’émotions que l’on ne parvient pas forcément à nommer. Les plus grands, enfin, apprennent l’affirmation et l’estime de soi, la capacité à dire « non » dans le respect des autres et, pour l’intimidateur, la reconnaissance de l’impact de leurs propres gestes et de leurs propres paroles sur les autres élèves. L’aspect répressif existe aussi, avec une gradation de sanctions, allant des excuses jusqu’à l’exclusion temporaire en cas de récidive. Et les premiers résultats se font déjà sentir. Dans l’école que je dirige, il y avait eu 12 événements d’intimidation l’an dernier. En 2008/2009, à trois mois de la fin de l’année, nous n’en sommes qu’à trois cas.

                                      Propos recueillis par Patrick Lallemant

(1) Francine Desorcy est directrice de l’école Pierre d’Iberville et est responsable du comité multidisciplinaire chargé du projet.

Quelles sont les caractéristiques de votre regroupement d’écoles ?

Le secteur de Longueuil Est regroupe onze écoles primaires de la banlieue de Montréal. Au total, elles accueillent un peu plus de 3230 élèves et disposent d’une équipe commune de psychologues, psycho-éducateurs ou spécialistes du soutien scolaire. Pour les besoins du plan, ils sont épaulés par des intervenants extérieurs : professionnels de santé, services sociaux, policiers…

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