IGEN : de l’inspection à l’évaluation

Vingt ans après la réforme de son statut1, l’inspection générale de l’Éducation nationale (IGEN) s’interroge ouvertement2 sur ses capacités à s’adapter aux évolutions du système éducatif. François Perret, le doyen3 de ce corps d’inspection placé sous l’autorité directe du ministre, nous livre son analyse.

Dans quelles mesures le statut de 1989 a-t-il redessiné les fonctions et l’organisation de l’IGEN ?

Ce statut, qui fait suite à la loi d’orientation du 10 juillet 1989, est intervenu au terme d’une longue période de contestation qui n’a pas épargné l’IGEN dont les fonctions d’inspection des personnels ont été remises en cause. Concrètement, les liens hiérarchiques entre les IPR4, les IDEN5, les IET6 et l’inspection générale de l’Éducation nationale ont été rompus au profit de rapports de travail fonctionnels et intellectuels. En outre, ce statut a fait de l’évaluation (des territoires, des établissements et des politiques éducatives) la seule mission à caractère légal incombant à l’IGEN. À l’inverse, et c’est un hiatus sur lequel il convient sans doute de s’interroger, son organisation n’a pas été modifiée : le corps demeurant toujours composé de douze groupes disciplinaires et de deux groupes spécialisés (enseignement primaire – établissements et vie scolaire)7.

Les fonctions de l’IGEN étant étroitement liées aux besoins des différents ministres, comment ont-elles évolué et quelles sont-elles aujourd’hui ?

Effectivement, le statut de 1989 a autorisé une utilisation extrêmement souple et large de l’IGEN par le ministre. La première évolution, très claire, est un repli : l’IGEN a perdu sa vocation à inspecter les personnes8. Parallèlement, sa mission d’évaluation s’est développée : tant sur des grands thèmes (l’école et la famille, la scolarisation des élèves étrangers, la découverte professionnelle au collège…) que sur des territoires (académies métropolitaines). Cette évolution s’est accompagnée de constantes, telles les missions liées à l’expertise, au contrôle et à l’encadrement pédagogique. Ces axes de travail, qui font de l’IGEN un corps dans l’action pédagogique, mobilisent actuellement tous nos efforts puisqu’il nous revient de contrôler et d’accompagner la mise en place de chacune des réformes qui ont été lancées récemment.

Dans l’article « Achever la révolution de 89 ? » que vous avez signé à l’automne dernier9, vous soulignez le besoin de replacer l’évaluation au centre des missions de l’IGEN. Pour quelles raisons ?

Si l’IGEN n’a pas de compétences décisionnelles, son champ d’action n’en demeure pas moins étendu. Schématiquement, elle intervient à la fois avant la décision politique (expertise), juste après (application et accompagnement) et en aval (évaluation). Actuellement, si notre expertise générale et disciplinaire est fortement sollicitée (recrutement, formation et titularisation des personnels, programmes scolaires…), nos compétences d’évaluation, forgées depuis plusieurs années, le sont moins. Or l’évaluation des politiques publiques d’éducation et des territoires est la première mission conférée par la loi à l’IGEN. L’Éducation nationale a besoin d’une inspection générale capable de porter sur ses objectifs, son fonctionnement et ses résultats, un regard distancié, critique et constructif.

Comment tentez-vous d’y remédier ?

Nous venons de créer, avec l’IGAENR10, un groupe de travail conjoint et expérimental consacré précisément à l’évaluation des politiques publiques. Les inspecteurs généraux qui le composent réfléchissent à l’élaboration et à l’utilisation de méthodes et de techniques spécifiques à ce type de démarche. Parallèlement, à l’initiative du ministre, nous menons un travail commun avec les inspections générales tchèque et écossaise afin de mettre en place des évaluations croisées des politiques éducatives européennes. Nous avons commencé à travailler ensemble sur l’évaluation des établissements. 

             Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

(1) Décret n° 89-833 du 9 novembre 1989
(2) Via le dernier numéro de La revue de l’inspection générale 
(3) Nommé en 2005 par Gilles de Robien, il succède à ce poste à Dominique Borne
(4) Inspecteurs pédagogiques régionaux
(5) Inspecteurs départementaux de l’Education nationale
(6) Inspecteurs de l’enseignement technique
(7) Présentation et organisation de l’IGEN. 
(8) Exception faite des professeurs des classes préparatoires, des personnels d’inspection et, marginalement, de certains cas particuliers.
(9) Dernier article de la revue précitée (pages 75 à 79) 
(10) Inspection générale de l’administration de l’Education nationale et de la recherche 

L’avenir de l’IGEN vous semble-t-il menacé par la montée en puissance d’autres corps de contrôle interministériels telles l’inspection générale des finances ou la Cour des comptes ?

Non, je crois davantage à la complémentarité, au mariage des compétences qu’à la rivalité. Nous sommes prêts à remplir et à partager notre rôle avec d’autres partenaires qui, tout en ayant des éléments de langage communs, possèdent leur propre culture et leur spécificité. Il n’y a aucune raison pour qu’un domaine de société aussi important que l’Éducation nationale soit soumis au seul regard de nos inspecteurs généraux.

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