Laurent Batsch : ‘le service public peut battre tous ses concurrents’

L’université de Paris-Dauphine vient de célébrer son 40ème anniversaire. Laurent Batsch, son président depuis près de deux ans, revient sur ce qui a fait le statut de cet établissement à part, sur les défis qu’il lui faut maintenant relever, et sur les perspectives de l’enseignement supérieur en France.

Quelles sont les spécificités qui ont permis à Dauphine d’acquérir le statut qui est le sien aujourd’hui ?

Nous avons toujours proposé un modèle original – en tout cas pour la France – lié à trois caractéristiques assez simples. D’abord, nous offrons à l’université un taux d’encadrement comparable à celui des classes préparatoires ou des IUT, avec des groupes d’une trentaine d’étudiants. Nous avons ensuite très vite insisté sur la professionnalisation avec, à l’époque, des DESS très articulés autour du marché du travail, animés par des intervenants extérieurs. Tout cela nous a rendus très attractifs et a entraîné notre troisième spécificité : la nécessité de sélectionner chaque année nos nouveaux étudiants, qui a contribué à élever le niveau général de la maison !

Comment votre université se situe-t-elle sur l’échiquier international ?

À l’étranger, notre sélectivité n’a rien d’original. Cela dit, en termes de recherches, nous ne sommes pas si mal placés que cela ! Le classement de Shanghai nous place à la 383ème position, alors que nous n’accueillons que 8500 étudiants, que nous ne proposons pas de sciences dures et que nous ne couvrons même pas l’ensemble des sciences humaines et sociales. Par ailleurs, notre notoriété nous permet d’envoyer environ 40% de nos étudiants au moins une fois à l’étranger. Notre grande ambition, maintenant, est d’être capables d’attirer des étudiants qui viendront de loin effectuer la totalité de leur master à Dauphine. Cela signifie être capables de « vendre » des masters of science de très haut niveau, en anglais, avec un corps enseignant prestigieux.

Où en êtes-vous de vos projets d’augmentation de droits d’inscription et, plus généralement, de recherches de fonds ?

Nos besoins pour le financement du seul développement de Dauphine sur les quatre prochaines années, hors fonctionnement courant, s’élèvent à 25 millions d’euros par an. Nous verrons donc ce que le ministère est prêt à faire. Notre département d’éducation permanente est très dynamique, nous avons également lancé une fondation, développé notre activité de contrats de recherche et je pense que rien ne pourra éviter, à terme, de solliciter la contribution des étudiants, de façon démocratique et socialement juste. Mais, pour moi les enjeux sont ailleurs. J’aimerais être partie prenante dans la constitution d’un pôle universitaire interdisciplinaire de 10 à 20.000 étudiants, tiré par la recherche, très polarisé sur le master, confédérant des établissements parisiens de taille raisonnable qui jusqu’à présent s’ignorent. Je crois en effet que l’ingénieur, l’économiste, le gestionnaire, le juriste, le sociologue, pourquoi pas l’ethnologue, ont quelque chose à faire ensemble sur des objets communs.

Quels sont les autres défis que vous aimeriez relever ?

Nous sommes entrés dans le processus d’accréditation Equis*. Ce label international est difficile à obtenir, mais ne pas l’avoir est devenu très discriminant. C’est donc un très gros défi, un très gros risque, d’autant que nous ne sommes pas à proprement parler une business school, qui nous imposera d’améliorer encore fortement nos performances et la qualité de nos services. Mais nous sommes résolus à devenir un établissement internationalement comparable avec les meilleurs.

Un mot pour terminer sur le contexte particulier dans lequel intervient cet anniversaire. Quel regard portez-vous sur le mouvement universitaire ?

Je n’ai pas trop envie de commenter la façon dont le décret, maladroitement présenté, a mis le feu à la plaine ! D’autant que ce n’est plus lui qui est dans la balance aujourd’hui, c’est le match retour contre la loi LRU. Ce qui m’attriste à l’étape actuelle du conflit, c’est que la fermeture répétée d’un certain nombre d’établissements finit par affecter durablement l’image des universités. Je crois à la capacité du service public de battre ses concurrents, mais on est en train de le tuer au nom de sa défense. J’assiste, affligé, à sa capacité à s’autodétruire avec une volupté et un masochisme saisissants. On est en train de faire le beurre de toutes les écoles privées, de toutes les filières courtes et l’université va devenir la voie à éviter. Arrêtons le massacre !

Propos recueillis par Patrick Lallemant

*European quality improvement system, une certification de qualité dispensée par l’EFMD (European foundation for management development)

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