Jean-Louis Nembrini : ‘agir contre la difficulté scolaire’

À la tête de la direction générale de l’enseignement scolaire au ministère de l’Éducation nationale depuis bientôt deux ans, Jean-Louis Nembrini pilote la politique éducative du gouvernement en cultivant à la fois tradition et modernité. Retour sur le parcours et les convictions de l’homme.

Jean-Louis Nembrini est tombé dans l’éducation étant petit : « Dans le milieu d’où je viens, quand on était bon élève, être enseignant, c’était la voie royale ». Reçu, à quinze ans au concours des recrutements de l’école normale, il ne quittera plus l’institution. Tour à tour professeur du second degré et à l’université, inspecteur, puis inspecteur général, doyen d’un groupe à l’inspection générale, il gravit peu à peu les différents échelons de « la maison », comme il l’appelle affectueusement.

Une vocation, donc, mais pas seulement… Si l’homme avoue avec pudeur un sentiment de devoir « rendre à l’école » ce qu’elle lui a donné, et une passion pour la transmission du savoir et les élèves, il reconnaît aussi volontiers un réel attrait pour les responsabilités : « il ne faut pas non plus penser qu’on est porté uniquement par ces valeurs de fond : il y a aussi de l’ambition pour soi-même et pour son pays. Je ne sais pas si c’est méprisable, mais en tout cas c’est un facteur de la vie ». Il se retrouve en 2007 à la tête de la DGESCO1.

L’école, un véritable investissement

« Si le ministre et son cabinet représentent sa tête politique, la DGESCO est la tête de l’éducation nationale au plan de l’administration ». Son rôle est double. D’un côté le fond, avec le service des enseignements et des formations. De l’autre les moyens et la performance, avec le service du budget et de l’égalité des chances. Avec 300 personnes en son sein pour 800 000 professeurs, la DGESCO est responsable du contenu des programmes, de l’organisation des enseignements et des certifications et examens « trois éléments qui font l’école républicaine, de Dunkerque à Perpignan ».

Deuxième mission de la DGESCO : la répartition des ressources aux académies dans 3 programmes, les premier et second degrés et la vie de l’élève, « une petite affaire qui représente 50 milliards d’euros ». Dans ce cadre, la DGESCO est aussi responsable de la performance des académies. « Et chez nous, la performance, c’est la réussite des élèves » : avec des cibles nationales dans différents secteurs – taux de redoublement, intégration d’élèves handicapés, taux d’accès au baccalauréat… déclinées par académie. C’est donc par l’attribution des moyens « qu’on essaye de construire de l’équité ».

Pour Jean-Louis Nembrini, l’élève doit être au cœur des préoccupations de la DGESCO. Un seul objectif : réduire le taux d’élèves en difficulté. Chaque année, 120 000 jeunes sortent du système éducatif sans diplôme et sans qualification : « C’est inacceptable dans un pays moderne. C’est là ma responsabilité ». Il faut donc utiliser les moyens avec efficacité, et surtout accompagner la politique éducative sur le terrain.

Egalité des chances : de la classe à la personnalisation

« A l’inégalité des chances, il y a des circonstances territoriales. Il y a des lieux où se concentre la difficulté ». Si les facteurs d’inégalité sont nombreux, la réponse actuelle de l’Education nationale est plus évidente : concentrer les moyens, comme avec les 254 réseaux ambition-réussite, et « scruter la performance de façon à voir si effectivement ces moyens permettent l’égalité des chances ». Et pour lutter contre ces inégalités scolaires, l’Institution répond aujourd’hui par toute une série de nouveaux dispositifs : aide individualisée, accompagnement éducatif, stages de remise à niveau, stage de renforcement des langues vivantes.

Quand on lui demande si nos voisins l’inspirent, Jean-Louis Nembrini réagit toujours avec la même passion : « Tous les modèles sont intéressants. Mais on ne recopie jamais un modèle. On peut adapter des modalités, pas des modèles. L’éducation, c’est une question de tradition nationale ».

L’école républicaine doit sans cesse construire l’égalité des chances. « Ce modèle républicain, j’y tiens vraiment beaucoup et je crois qu’on est tous là pour le faire réussir ». Mais être fidèle à son histoire ne veut pas dire être fermé. Et se jouant toujours des paradoxes, le dgesco se plaît à « montrer de notre institution une image beaucoup moins ringarde que celle qu’on lui donne en réalité. Certes elle doit porter ses échecs et les combattre. Mais il n’empêche que quand même cette maison est vivante, s’adapte et est ouverte sur l’extérieur ».

                                             Emilie Brault

(1) La DGESCO : direction générale de l’enseignement scolaire


(2) Jean-Louis Nembrini a accompagné le projet et sa réalisation en tant que conseiller du ministre de l’Education nationale. par ailleurs, il est Inspecteur de l’Education nationale du groupe « histoire » dont il a été le doyen. C’est à ces deux titres qu’il préside le comité de pilotage scientifique du manuel franco-allemand, pour la partie française.  

Jean-Louis Nembrini en cinq dates :

1963 : Reçu au concours de l’Ecole Normale des instituteurs (à 15 ans)
Septembre 1970 : Premier cours (devant des élèves de troisième)
2004-2006 : Conduit le conseil scientifique pour le manuel d’histoire franco-allemand2
2006 : Réalisation du socle commun de connaissances et de compétences pour les élèves de l’école primaire et du collège / à l’issue de la scolarité obligatoire
21 mars 2007 : Nomination à la D.G.E.S.C.O.

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