Aide personnalisée en primaire : un moyen de lutte contre la difficulté scolaire

En marge des protestations et autres faits de désobéissance pédagogique1 qui essaiment aux quatre coins de France, les enseignants du primaire restent tenus, par les textes2, de consacrer deux heures hebdomadaires au soutien des élèves. Quand, comment, auprès de qui ? Deux professeurs des écoles, qui enseignent dans des contextes très différents, nous expliquent leurs choix.

En apprenant, en juin dernier, que l’année scolaire des élèves du premier degré serait désormais tronquée de soixante heures, la directrice de cette petite école rurale du nord Charente n’a pas caché sa consternation. « Redistribuer en individuel des heures prises au groupe sans même être sûrs de pouvoir toucher les enfants qui en ont le plus besoin…», la nouvelle donne était profondément injuste pour l’institutrice expérimentée. Néanmoins, et en dépit des « contours flous » de ce nouveau dispositif, les quarante heures annuelles effectives3 ont bel et bien été incluses dans les emplois du temps.

Pas de résultats palpables

« Avec les collègues, nous sommes tombés d’accord pour que les séances se déroulent le matin, de 8h20 à 8h50. Il n’était pas question d’empiéter sur le temps du repas, déjà court, ni de garder des enfants fatigués par leur journée d’école après la classe ». Problèmes de transport, de discrimination, de saturation… « Tous les paramètres ont été pris en compte pour que ces séances soient acceptables aux yeux des élèves et de leurs parents et, de fait, très peu d’enfants conviés aux séances ne viennent pas. Au contraire, nous avons constaté chez eux un réel bonheur à être à l’école avant les autres. D’ailleurs, certains élèves non concernés par le soutien manifestent l’envie d’y goûter eux aussi en arrivant avant l’heure ! »

Dans sa classe de CM2, la directrice a organisé les séances avec une enseignante de maternelle : « je prends sept élèves en français, ma collègue en suit trois en mathématiques. Avec mon petit groupe en grande difficulté, je travaille l’orthographe : les mots invariables, la phonétique, les doubles consonnes, la cédille…Ardoise, feuille volante, tableau, j’improvise souvent sur la forme et valorise la réussite. Pour certains, ça semble fonctionner, pour d’autres, le problème est ailleurs… et les réponses aussi ». En deuxième période4, les enseignantes de CP et CE1 de l’école ont décidé de mettre l’aide personnalisée au profit d’enfants en proie à des soucis passagers d’écoute, de prise de parole, de graphisme ou de confiance en eux. Par la relaxation, le conte et le jeu, elles se sont penchées sur des élèves scolairement bons qui avaient besoin d’un petit coup de pouce ponctuel. « Là encore, l’adhésion des enfants a été totale, mais difficile d’en mesurer les effets. De ce soutien, nous n’attendons hélas pas de résultats palpables », déplore la directrice.

Favoriser le plaisir

Depuis le mois de janvier, Peggy Desbarbieux, enseignante en CP-CE1 à l’école Jules Ferry de Tourcoing conduit l’aide personnalisée le mercredi matin, de 9h30 à 11h00, tandis que se déroulent des activités périscolaires. « Le soutien en fin de journée, comme le pratiquent les autres enseignants de l’école et tel que je l’ai mené pendant les deux premières périodes, n’était à mon sens pas du tout rentable. Enfants fatigués, parents pressés…J’y allais moi-même à reculons. J’ai opté définitivement pour le mercredi à la suite d’un congrès sur les rythmes de l’enfant organisé par le SNUipp-FSU Nord (auquel elle adhère, ndlr) et qui remettait en cause la semaine des quatre jours », explique l’enseignante.

Pendant les séances, lors desquelles elle prend en charge trois enfants en difficulté légère – « la classe a un bon niveau », Peggy Desbarbieux dit travailler autrement, dans une dynamique de plaisir. « Je coordonne des activités de lecture et de production d’écrit en lien avec la pause sportive de quinze minutes qui coupe cette longue séance. Qu’ils fassent du jokari ou gonflent des ballons, les enfants préparent ensuite un petit texte sur ce thème, le saisissent sur ordinateur et le présentent à la classe. Lorsque nous évoquons leur travail dans la semaine, ils sont fiers et enthousiastes. Pour moi, il était inconcevable que cette aide conduise à l’isolement des enfants, à leur stigmatisation », insiste l’enseignante.

Et de conclure, perplexe : « d’ailleurs, le fait de sortir des élèves du groupe continue à me gêner. Je suis convaincue que les enfants apprennent beaucoup les uns au contact des autres et crois en leur capacité à progresser ensemble ».

                                         Marie-Laure Maisonneuve

(1) Initiée par Alain Refalo, instituteur à Colomiers (Haute-Garonne).
(2) Circulaire n°2008-082 du 5 juin 2008 (organisation du temps d’enseignement scolaire et de l’aide personnalisée dans le premier degré).
(3) Réparties en cinq tranches de huit heures.


(4) L’année scolaire, dans une école primaire, est découpée en 5 périodes de travail, séparées par 4 périodes de vacances, et finissant, en principe, par des épreuves d’évaluation.

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