Sébastian Roché : « La violence dans les établissements scolaires est imparable »

Après l’attaque d’une bande de jeunes contre un lycée de Gagny, le 10 mars dernier, Nicolas Sarkozy vient d’annoncer une série de mesures visant à « sanctuariser » les établissements scolaires. En Allemagne, c’est un adolescent qui a tué 15 personnes à Winnenden, dont douze dans son ancien lycée. Sociologue, directeur de recherches au CNRS, Sébastian Roché a publié de nombreux ouvrages sur la violence des jeunes*.

Que vous inspirent les multiples faits divers qui ont touché le monde scolaire ces derniers temps, tant en France qu’à l’étranger ?

La signification de ces actes n’est pas évidente. Il faut, d’une part distinguer les actes très isolés, comme le massacre perpétré récemment en Allemagne. Ceux-là relèvent simplement de la psychiatrie. L’analyse est différente pour les phénomènes structurels, comme celui qui s’est produit à Gagny. La violence physique des groupes d’adolescents dans les zones défavorisées est fluctuante mais n’a rien de nouveau. Elle est apparue il y a une trentaine d’années.

Ces actes sont-ils plus fréquents ou simplement davantage médiatisés ?

Pour ce qui s’est passé en Allemagne, il est certain qu’existe aujourd’hui une Europe de l’information. Il y a trente ans, la couverture n’aurait sans doute pas été la même. Il y a donc bien un effet médiatique. C’est plus compliqué pour la violence structurelle, pour laquelle aucun comptage sérieux, aucune statistique officielle, n’existe. Tout simplement parce que, passée la première réaction d’émotion, les pouvoirs publics ne se sont jamais préoccupés sérieusement de ces questions relatives aux violences urbaines et collectives.

Peut-être parce que le phénomène n’a pris de véritable ampleur que récemment ?

Non, sa croissance s’étale vraiment sur une trentaine d’années. Du reste, quand un système de comptage des violences urbaines a été mis en place par une ancienne responsable des Renseignements généraux, ce fut contre l’avis de sa hiérarchie. Et lorsqu’il a indiqué une trop grande augmentation du phénomène, les politiques ont décidé de le supprimer ! Tant et si bien que l’on est incapable de dire si, aujourd’hui, il y a plus ou moins d’évènements de ce type qu’avant. En fait, personne n’a intérêt à dénombrer des actes survenant dans des zones plutôt défavorisées, engageant des jeunes qui sont sur la voie de l’exclusion scolaire et sociale. Ces comportements sont ceux de gens désespérés, qui estiment n’avoir aucun futur. Car vous battre avec une bande rivale dans un établissement scolaire ne vous amène nulle part, sinon dans un commissariat et un tribunal.

Ces actes démontrent-ils aussi l’influence des jeux vidéos ou de la violence qui déferle sur les écrans ?

Toutes les études menées sur ce sujet prouvent effectivement que l’exposition intense à des images violentes, qu’elles proviennent du journal télévisé, de jeux ou d’œuvres de fiction, peut avoir des conséquences à court et long terme. Elles ont un effet excitant immédiatement après leur visionnage. Mais, plus surprenant, leur impact sur les comportements agressifs peut durer plus d’une vingtaine d’années. Cela ne signifie pas qu’il faille y voir la cause de tous les comportements agressifs chez les adolescents. C’est un facteur de prédisposition qui vient s’ajouter aux autres.

Comment s’en protéger ?


Il n’existe pas de solution pour se protéger d’actes rares et très graves. Il y a des raisons économiques à cela : le coût des investissements à réaliser pour prévenir l’intrusion d’une bande armée dans tous les établissements scolaires ne serait pas supportable. Dans le cas de l’Allemagne, l’impossibilité est encore plus marquée : comment se prémunir contre le fait que quelqu’un devienne fou ? Il n’y a donc aucune solution immédiate. Il faut agir sur les clivages ethniques, l’exclusion, l’achat et l’usage des armes… et ne pas espérer de résultats avant plusieurs années. 

                    Propos recueillis par Patrick Lallemant

*Parmi eux, « La délinquance des jeunes. Les 13-19 ans racontent leurs délits ». Editions du Seuil

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