Georges Fotinos : la qualité de vie au travail des personnels des collèges et lycées n’avait jamais été mesurée

La MGEN vient de lancer, avec le concours de la CASDEN, la première enquête nationale en France sur la qualité de vie au travail des personnels des collèges et des lycées. Elle est conduite par Georges Fotinos, ancien inspecteur général de l’EN et conseiller du président de la MGEN, et Mario Horenstein, médecin psychiatre à la MGEN. Georges Fotinos nous explique le contenu et les objectifs de cette enquête.

Vous venez de lancer une enquête sur la qualité de vie au travail des personnels dans les collèges et lycées. Pourriez-vous définir ce qu’est la qualité de vie au travail dans le contexte scolaire ?

Ce sont tout d’abord des conditions matérielles, c’est aussi le dynamisme de l’établissement et puis le relationnel, le climat et la réussite scolaire. Enfin, l’équilibre vie privée, vie professionnelle. Sans oublier le sentiment de sécurité.

Votre enquête est-elle une première et comment l’avez-vous construite ?

Oui, c’est une première en France. Il y a déjà eu des enquêtes de ce type, aux Etats-Unis par exemple -mais cependant pas à l’échelle nationale. Sinon, en France, il existe bien des enquêtes de la médecine du travail, mais pas sur ce sujet. Nous nous sommes appuyés sur des travaux anglo-saxons pour la conduire, sur mes travaux antérieurs sur le climat dans les établissements scolaires, et sur ceux de Mario Horenstein, qui a réalisé un travail très important sur la qualité de vie des enseignants. Pour élaborer le questionnaire de l’enquête, nous avons réuni un comité de spécialistes1. Enfin, elle s’inscrit dans le contexte d’un accord-cadre passé entre la MGEN et le ministère de l’Education nationale, qui accorde désormais une place importante à ce type d’études.

Votre enquête est nationale, vous l’avez donc adressée à tous les établissements scolaires ?

Oui, à tous les établissements scolaires du second degré. Tous les chefs d’établissement -principaux de collège et proviseurs, ainsi que leurs adjoints- l’ont reçue par mail et ensuite tout se passe sur le net. Ils vont la diffuser, par le biais de l’intranet par exemple, à l’ensemble des personnels de l’établissement. C’est là le caractère novateur : aucune enquête n’a jamais porté sur eux. Dans cette enquête, le chef d’établissement n’intervient pas, il doit juste donner des renseignements administratifs (nombre d’élèves, âge des enseignants etc). Ce sont les personnels –enseignants, CPE, etc- qui, anonymement, répondent, s’ils le souhaitent. Pour que l’enquête soit valable, il faut au moins 10 participants par établissement.

Jusqu’à quand se déroule-t-elle et comment vont être utilisées les données recueillies ?

Elle se termine le 20 avril. Dès le 21 avril, une fois les données recueillies, un logiciel permettra à chaque chef d’établissement d’avoir une vue d’ensemble des résultats, par le biais d’un tableau. Des dominantes apparaîtront sur ce qui ne va pas, par exemple sur le relationnel, sur le sentiment de sécurité. Et des commentaires apparaîtront automatiquement sur le tableau pour aider le chef d’établissement. Il peut aussi être assisté, pour réfléchir sur les résultats de l’enquête, par des personnels médico-sociaux de la MGEN et de l’EN, qui l’aideront à trouver des solutions. Il transmettra ensuite ces résultats aux personnels de son établissement. D’un autre côté, l’ensemble des données recueillies au niveau national sera centralisé sur le site de la MGEN, et nous aurons en charge de les étudier. Un livre paraîtra à cette occasion, coédité par la MGEN et la CASDEN, avant la fin de l’année. Il sera adressé à tous les établissements du second degré, et à l’ensemble des rectorats et des inspections générales. Et à partir des résultats de l’enquête, nous ferons des propositions d’actions pour améliorer la QVT.

Comment se fait-il qu’une telle étude, indispensable pour mieux appréhender les problèmes au sein des établissements, n’ait pas été réalisée avant ?

C’est incompréhensible en effet. Mais cela ne fait pas partie de la culture éducation nationale, où l’on est centré sur le savoir et la connaissance. Je crois que nous avons un peu changé les choses et que désormais cela commence à entrer dans les mentalités. On comprend par exemple mieux que la violence dans un établissement ne peut pas être que rapportée aux élèves. Plusieurs données se croisent en effet, qui participent du climat d’un établissement. C’est en travaillant sur l’ensemble de ces données que l’on peut trouver des solutions, pas sur une seule variable isolée.

En tant qu’expert de l’Education nationale, avez-vous déjà une idée de ce que pourrait être le résultat de votre enquête sur la QVT ?

J’ai le sentiment que la QVT s’est vraiment dégradée. Une dégradation très forte, avec un sentiment d’abandon. Un exemple : on sent actuellement une nette dégradation de la QVT dans les lycées professionnels. Pourquoi ? Parce qu’ils sont en pleine réforme du bac pro2. Ils doivent donc tout revoir dans la précipitation et le stress, et cela influe directement sur la QVT.

Vous aviez évoqué lors de votre précédente étude, la nécessité de la mise en place d’un Observatoire social des personnels de l’Education nationale (cf interview VousNousIls), qui serait une sorte de « baromètre du moral ». Y êtes-vous toujours favorable ?

Il faudrait en effet une structure extérieure qui fasse exactement ce que nous faisons, qui mesure régulièrement les conditions de travail, le moral, la QVT des personnels. Il faudrait une mesure permanente et non épisodique de ces éléments.




(1) Le comité, co-dirigé par Georges Fotinos et Bernard Durix, responsable de la formation des personnels de direction de l’ESEN est composé de : 3 proviseurs, 3 principaux, un proviseur vie scolaire, 5 médecins (un médecin de prévention, un médecin conseiller de recteur, un médecin psychiatre (Mario Horenstein), deux médecins du travail), une assistante sociale conseillère de recteur.


(2) Voir le En Pratique

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