La bande dessinée a sa place en classe !

Moyen d’expression riche et unique, le IXe art a plus d’une vertu. Didier Quella-Guyot1, directeur de la collection d’ouvrages pédagogiques La BD de case en classe2 au CRDP de Poitou-Charentes et rédacteur en chef du site L@BD3, œuvre depuis des années pour que la bande dessinée soit exploitée en classe, à sa juste valeur.

À qui se destine la collection d’ouvrages que vous dirigez ?

Elle s’adresse principalement aux enseignants des écoles primaires, des collèges et des lycées. Nous varions les approches pour permettre à un large éventail de professeurs de découvrir des moyens originaux d’aborder, voire d’intégrer, la BD dans leurs cours. Via un programme d’histoire (la guerre d’Algérie avec Azrayen4, C’était la guerre des Tranchées5, Auschwitz6…), un écrivain (Grimm, Maupassant, La Fontaine…), une œuvre clé (Tintin au Tibet7) ou un thème (la presse, la chanson…). L’accent est mis sur des œuvres prises dans leur totalité. Ce qui permet de découvrir des auteurs, des récits et plus généralement le moyen d’expression à part entière qu’est la BD. En outre, nous développons des outils généralistes très illustrés avec des ouvrages comme « Explorer la bande dessinée » ou « Réaliser une bande dessinée » coédités avec les éditions Dupuis.

Précisément comment est organisée la sélection ?

La sélection des projets (ou l’acceptation des propositions) est totalement liée aux programmes scolaires officiels. Étudier l’image ou aborder les arts visuels est certes présent à tous les niveaux d’apprentissages, mais il est nécessaire que nous nous adossions aux centres d’intérêt des programmes de lettres et d’histoire-géographie pour faire entrer l’étude de la BD dans ces disciplines. Car c’est cela ma priorité : inciter les enseignants à aborder la BD en classe, ce que l’on ne fait pas encore suffisamment. C’est pourtant un art qui nécessite d’être découvert, approprié, exploité sans sous-estimation culturelle et pédagogique, comme le sont les autres arts visuels tels la peinture ou le cinéma.

Que trouve-t-on dans vos ouvrages ?

Chaque ouvrage est un document d’exploitation pédagogique qui aide à l’analyse des moyens techniques, esthétiques et narratifs d’une ou plusieurs bandes dessinées que nous n’éditons pas. Ces albums du commerce retenus pour leur intérêt et leur pertinence tant graphique que thématique n’ont pas été conçus dans un esprit pédagogique. Ils n’en sont pas moins d’excellents supports. Par exemple, les adaptations d’œuvres littéraires de la collection Ex-Libris (éditions Delcourt), ne sont pas initialement des BD pédagogiques même si l’on peut leur accorder une vertu culturelle et patrimoniale. En revanche, l’ouvrage réalisé par un collectif d’enseignants Premières pages, premières cases que nous venons de publier en lien avec cette collection est un outil permettant de travailler en classe sur l’adaptation en BD des débuts de roman. Il est doublement incitatif : faire découvrir la bande dessinée et présenter des ouvrages de la collection Ex-Libris, riche et diversifiée.

En quoi le site L@BD est-il complémentaire à la collection ?

Il s’agit d’un outil d’information et de sélection sans équivalent qui peut intéresser les pédagogues, les professionnels du livre comme les simples bédéphiles. On y trouve des rubriques principales : actualité, ressources pédagogiques et bibliographies et des sous-rubriques diversement consacrées aux faits de société, BD du monde, œuvres et auteurs, marché de l’édition…Ce site permet d’explorer une base riche de plus de 18000 notices à l’aide d’un outil multicritères et de construire ses propres bibliographies. Références sur un ou plusieurs thèmes, publications d’un auteur, études spécifiques, interviews… C’est aussi un site d’informations enrichi de liens vers des ressources, des nouveautés, des sélections thématiques, etc.

                               Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

(1) Professeur de lettres à Poitiers, Didier Quella-Guyot est un spécialiste reconnu de la pédagogie de la bande dessinée. Auteur pour la jeunesse (Le voyage de fin d’année, Hemma 2001), il a écrit plusieurs scénarios pour la dessinatrice Sophie Balland : Mélusine, Fée serpente (2 tomes, Geste Editions, 2000-2001), Les Amoureux de la Roche Courbon (Geste Editions, 2003) et la trilogie Pyramides (EP Editions, 2004 à 2006). Il a en outre co-signé Le Marathon de Safia, avec Sébastien Verdier (EP Editions) paru fin 2008. A paraître : La Maison du péril adapté d’Agatha Christie, avec Thierry Jollet (chez EP également) et Le Café des Colonies, avec Sébastien Morice (Ed. Petit à Petit) d’après Maupassant. 
(2) Cf. le site internet 
(3) Cf. le site internet 
(4) De Lax et Giroud
(5) De Tardi
(6) De Pascal Croci
(7) D’Hergé

Pourquoi étudier la BD en classe ?
Les albums de BD sont tout d’abord des œuvres originales, exigeantes, souvent passionnantes et leur connaissance est profitable à plus d’un titre. Par ailleurs, le moyen d’expression artistique BD, formidable art du récit et du dessin, reste mal connu et c’est injuste. D’autant qu’il est historiquement ancré dans notre culture ouest-européenne. Il y a 3 ou 4 ans, le festival international d’Angoulême m’avait demandé de lister les vertus de la BD. On peut retrouver ce texte, toujours d’actualité, sur le site L@BD.

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