Pamela Canadas :  »la pratique d’une langue étrangère doit être régulière »

Responsable de la section américaine du lycée François Magendie de Bordeaux, Pamela Canadas est professeur agrégée d’anglais. L’enseignante californienne revient pour VousNousIls sur les stages de mise à niveau d’anglais proposés pendant les vacances aux lycéens.

Pensez-vous que ces stages soient efficaces ?

Cinq jours ne sont pas suffisants. Cependant, il me semble que si ces cinq jours étaient consacrés uniquement à la pratique orale, ils pourraient être profitables, car les élèves bénéficieraient d’un entraînement qui est très important dans l’apprentissage d’une langue étrangère. Mais cela ne permet en aucun cas d’apprendre quelque chose.

Le Syndicat national des lycées et collèges a qualifié ces stages de « poudre aux yeux ». Partagez-vous cette position ?

C’est en effet de la « poudre aux yeux ». La pratique d’une langue a un intérêt réel et doit se faire de façon régulière et non ponctuelle. Ces stages volontaires ont, tout comme les séjours linguistiques en groupe, des résultats vraiment très relatifs. C’est tout au long de l’année que les cours doivent être dispensés à un rythme plus soutenu afin d’obtenir un niveau satisfaisant. C’est alarmant de constater que les élèves de S n’ont que 2 heures d’anglais par semaine, 2h30 pour les ES, et que lorsqu’ils arrivent dans le supérieur, une partie d’entre eux a de grosses lacunes. De plus, si le travail individuel de l’élève n’est pas encadré, il est alors impossible pour lui de progresser.

Quels sont selon vous les problèmes majeurs des cours de langues dispensés aux élèves français ?

Le premier problème, il est important de le souligner, c’est la suppression il y a quelques années d’une heure de cours d’anglais par semaine et par classe. Mes collègues et moi avons désapprouvé cette mesure et la regrettons fortement. Un deuxième problème majeur est le nombre d’élèves par classe : un groupe de 35 élèves, c’est beaucoup trop pour la pratique orale. Des professeurs de plusieurs pays européens sont venus trois jours dans notre école afin de voir comment se déroulaient nos cours, ils n’avaient jamais vu des classes aussi chargées. La qualité des labos de langues est, elle aussi, contestable. Ces labos complètent la méthode d’enseignement, mais ne sont pas suffisants. Il faudrait les rendre plus consistants : ils sont divertissants, mais ne servent pas à grand-chose.

Comment pourrait-on enseigner les langues de manière efficace ?

Tout d’abord, les professeurs eux-mêmes doivent être dynamiques et intéressés pour intéresser. Il faut distraire les élèves afin de rendre la langue attractive et bien sûr, réduire les effectifs dans les classes et rajouter cette fameuse heure supprimée afin de développer l’oral. La meilleure solution est de pratiquer un peu tous les jours, dans la continuité, de créer une espèce de petite immersion, pas vraiment à haute dose, mais régulièrement, c’est un bon moyen pour assimiler de nouvelles connaissances.

Que pensez-vous du niveau d’anglais des Français par rapport à leurs voisins ? Est-ce que l’école est en cause ?

Les Français ne sont pas moins doués que les autres, ils ont juste moins confiance en eux. Ils sont très attachés à leur langue et donc vite complexés. Il faudrait commencer l’apprentissage des langues plus tôt et développer les cursus bilingues, comme en Suède par exemple. En France, je suis allée dans des écoles primaires où sont dispensés des cours d’anglais : 2 fois 45 minutes. C’est encore de la poudre aux yeux, à peine le temps de leur apprendre une petite comptine. On déploie beaucoup de moyens pour peu de résultats. Commencer tôt c’est bien, mais il faut suffisamment d’heures pour que ce soit efficace. Là on fait semblant, mais on n’arrive à rien.

                                 Propos recueillis par Emma Redondo

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