Richard Descoings : « Je veux partir de la base »

Richard Descoings a entamé sa mission de concertation sur la réforme des lycées. Après un mois ponctué de multiples rencontres et de nombreuses visites sur le terrain, le directeur de Sciences-Po Paris nous fait part de ses premières impressions.

Qu’avez-vous fait depuis que Xavier Darcos vous a demandé de piloter la réflexion sur la réforme des lycées ?

J’ai déjà rencontré à peu près 400 proviseurs des académies de Versailles et de Créteil. J’ai également échangé avec les représentants du Snes, du syndicat des chefs d’établissements et des organisations lycéennes. Je me suis par ailleurs rendu à Elbeuf, Saint-Ouen l’Aumône, Reims, Bobigny. Cette semaine*, je dois aller à Gap, Digne, Toulon, Nice, Beauvais et Amiens. Comme prévu, je visiterai donc une bonne centaine d’établissements d’ici mai, à raison d’au moins un par département.

Comment se déroulent vos visites sur le terrain ?

Dans chaque lycée, je réunis simultanément – de manière évidemment facultative – les professeurs, les parents, les équipes de direction… Il me paraît en effet très important que la diversité des opinions et des propositions soit entendue par tous. Pour le reste, je parle environ cinq minutes pour présenter ma mission avant de laisser la parole à la salle, en général pendant deux ou trois heures tant les discussions sont passionnées, pour recueillir les propositions concrètes.

Quels sont les points qui reviennent le plus souvent ?

Jusqu’à présent, quels que soient mes interlocuteurs, il ne s’est trouvé personne pour estimer que tout va très bien et qu’il ne faut rien changer. L’idée qu’il faut faire évoluer le lycée est donc partagée. Plus en détail, des questions sont systématiquement posées sur l’orientation : la place des enseignements de détermination en classe de seconde, la façon dont les lycéens sont orientés, plus ou moins volontairement, sur la voix technologique… L’évolution de cette voie engendre beaucoup de commentaires, au même titre que la prééminence de la filière scientifique pour le baccalauréat général. Autre point très souvent abordé, tant par les parents que par les lycéens, les horaires hebdomadaires, jugés trop lourds. Enfin, la façon dont les professeurs évaluent les élèves, et leur présentent ensuite les résultats de ces évaluations, suscite également de nombreuses interrogations.

Certaines propositions ont-elles déjà retenu votre attention ?

Il est encore vraiment tôt pour le dire. Encore une fois, les éléments de diagnostic me semblent assez largement partagés. Du reste, de nombreuses organisations avaient signé les points de convergence. La question est donc de savoir, sujet par sujet, où l’on place le curseur. Sur l’orientation, par exemple, quelle doit être la place des professeurs, de l’Onisep, des personnes extérieures à l’établissement… ? Et puis, il y a des aspects concrets. De nombreux lycéens font ainsi remarquer qu’ils effectuent un stage en entreprise pendant leurs années de collège, mais que ce n’est plus le cas dans les lycées d’enseignement général. Pour l’heure, j’écoute et emmagasine…

Vous avez toujours affirmé que les bonnes idées étaient nombreuses au lycée, qu’il fallait simplement les repérer et leur donner un écho. Vos premières sorties confortent-elles cette conviction ?

Je pense effectivement que créativité et innovation se vivent au quotidien dans les équipes pédagogiques. De nombreux proviseurs, par exemple, multiplient les initiatives pour impliquer les parents dans la vie scolaire, et pas seulement à l’occasion des conseils de classe. Des professeurs travaillent ensemble sur des thématiques communes, comme la crise économique. La crise peut en effet être évoquée sous ses aspects historiques. Elle peut évidemment être traitée d’un point de vue économique et social. On peut également lui porter un regard littéraire : chaque crise a ses auteurs et ses œuvres majeures… Tout cela me paraît passionnant et doit être porté à la connaissance des autres équipes pédagogiques, des autres établissements. Le lycée doit être décloisonné, mais en partant des professeurs, des équipes de direction, de ce qui se fait à la base. On ne va pas assez souvent écouter sur le terrain les bonnes idées qui y sont mises en pratique.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

*L’interview a été réalisée lundi 16 février (NDLR)

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