Accompagnement éducatif : regards croisés sur son extension

Les chiffres officiels1 sont encourageants. Mais la généralisation de l’accompagnement éducatif est-elle aussi facile à mettre en place dans les écoles de l’éducation prioritaire que dans les collèges ? Les quatre domaines d’activités concernés2 connaissent-ils l’engouement souhaité auprès des élèves et de leurs familles ? Deux exemples pour comprendre.

Depuis l’automne dernier, « l’école après les cours » n’est plus réservée aux seuls collégiens de l’éducation prioritaire. Le dispositif, prévoyant deux heures d’accompagnement sur quatre jours par semaine pendant toute l’année, a fait son entrée officielle dans les murs de 5157 collèges et 3072 écoles. Alors nouvel outil ou simple changement de formule dans des établissements rarement vierges de toute forme de soutien ?

Des moyens, des projets, du succès

« Nous n’avons pas attendu ce dispositif pour mettre en place de l’aide aux élèves », reconnaît Jean-Louis Mazzonetto, principal du collège Lakanal de Foix3 (Ariège). « Mais depuis le 13 octobre, réactualisation des formules existantes faite, nous avons pu étoffer l’offre de projets de manière très conséquente et développer, au total, vingt-trois activités d’accompagnement dans l’établissement ». Avec les moyens débloqués par le rectorat, dont un assistant d’éducation additionnel et un volume adéquat d’heures supplémentaires4, ces séances sont désormais suivies par 240 élèves (le quart de l’effectif global) contre 80 collégiens l’an passé. Affluence que le principal détaille : « concernant le sport, notre choix s’est porté sur une activité foot en salle susceptible de drainer un maximum de jeunes y compris ceux en grande difficulté… Nous avons été débordés et il nous a fallu trouver des créneaux supplémentaires. »

Jean-Louis Mazonetto se félicite également du succès rencontré « dans le registre du culturel pour les activités théâtre notamment qui existaient déjà sous une autre forme, mais n’avaient jamais connu un tel enthousiasme. L’engouement a également été très net pour les activités typiquement scolaires tel l’anglais, l’histoire géographie et, plus que tout, pour le soutien français maths ». Et de noter : « Grâce à la mobilisation des équipes et aux fortes potentialités de nos enseignants, tous ces projets ont vu le jour sans que nous ayons à faire appel à du personnel extérieur ».

Agréablement surpris par les résultats immédiats du dispositif, Jean-Louis Mazzonetto n’en demeure pas moins prudent : « la mixité sociale n’est pas au rendez-vous de toutes les activités et il est impossible de présager de l’impact de cet accompagnement sur la réussite scolaire des plus faibles. Simplement, pour l’heure, pouvons-nous en observer les effets plutôt positifs sur les comportements ».

Une complémentarité difficile à trouver

De son côté, Catherine Lavauzelle, chargée de la coordination des actions menées sur le Réseau Ambition Réussite (RAR) de Soyaux5 (Charente), est perplexe. Les trois écoles élémentaires que compte son réseau sont, conformément aux textes, concernées par le dispositif. « Effectivement, l’inégalité des conditions de travail des enfants de ZEP est toujours un problème et sans doute manquait-il des choses à mettre en place pour la réduire encore… »

Mais dans la pratique, des obstacles semblent se dresser. « Les heures d’accompagnement éducatif vont dans le sens d’un nouveau morcelage du temps de l’enfant et d’une dissociation de ses différentes composantes. Elles ne favorisent donc pas une prise en charge globale de l’élève et vont ainsi à l’encontre du travail de fond mené en ce sens. Il est également compliqué, pour ne pas dire impossible, de mettre en place une nouvelle forme de soutien sans créer d’interférences avec les actions en place depuis des années et notamment celles autour du lire/écrire6. Dans notre RAR, l’offre éducative périscolaire est déjà très élaborée et mobilise de nombreux acteurs7. Outre l’épineuse question du temps à dégager pour mettre en place un nouvel accompagnement se pose celle de la disponibilité des enseignants déjà très sollicités au-delà des heures de classe par leur implication dans divers projets fédérateurs… »

Ainsi, en ce début 2009, un seul nouveau projet a pu trouver sa place dans la grille d’activités des écoliers de Soyaux : « une action éducative dans les cantines8 assurée par les enseignants au moment de la pause méridienne ». Sur l’évolution du dispositif, Catherine Lavauzelle ne cesse de s’interroger. « Toutes nos actions s’inscrivent dans un renforcement du lien avec les familles et de leur responsabilisation. Quelle sera leur place, et quelle sera celle des associations locales si l’Education nationale reprend en main toute l’offre éducative ? » Point de panacée, mais un débat de fond.

Marie-Laure Maisonneuve

(1) Voir le communiqué ministériel publié en décembre 2008.
(2) L’aide aux devoirs, les activités culturelles et sportives et les langues vivantes (pour les collégiens)
(3) Grand collège de ville préfecture, accueillant environ 1000 élèves de catégories sociales variées répartis en 34 classes.
(4) payables aux enseignants
(5) qui comporte 1 collège, 3 écoles élémentaires, 4 écoles maternelles.
(6) Club « coup de pouce », animations BCD, goûters lecture, « festival Zep’dit » (créations en arts du spectacle à partir de lectures et écritures)…
(7) Personnel municipal, associatif, animateurs BAFA ou spécifiques, ETAPS (éducateurs territoriaux des activités physiques et sportives) intermittents du spectacle…
(8) Travail autour du langage, de la socialisation et de la nutrition en lien avec les apprentissages

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