Le système éducatif malien

Mali, terre de contraste. D’un côté, l’une des plus vieilles universités du monde1. De l’autre, le Rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous 20092 qui classe le pays dans les tout derniers rangs mondiaux. Voyage guidé au sein d’un système éducatif de l’Afrique occidentale.

Mis en place lors de l’Indépendance, le système éducatif du Mali3 a voulu rompre avec l’héritage colonial. Avec un résultat peu satisfaisant. Désireuses de reprendre les choses en main, les autorités ont lancé, en 1999, le PRODEC (Programme décennal de développement de l’éducation). L’objectif de ce programme, qui comporte onze axes, est d’atteindre un taux de scolarisation de 95% en premier cycle de l’enseignement fondamental en 2010. Et l’éducation est aujourd’hui considérée comme « l’une des priorités nationales », confie Nawal Besri, chargée de mission géographique Afrique de l’Ouest au sein de l’association Solidarité Laïque4.

Outre la décentralisation du système d’éducation, le PRODEC insiste sur la place accordée à la société civile. Il s’agit de développer un « partenariat véritable autour de l’école entre l’Etat, les Collectivités territoriales, les communautés, les associations de parents d’élèves, les Comités de gestion scolaire, les ONG, les syndicats d’enseignants, les étudiants, le secteur privé et les partenaires techniques et financiers ».

Nombreuses sont donc les ONG qui œuvrent au Mali pour améliorer le secteur éducatif. Nawal Besri confie que Solidarité laïque participe au renforcement de la société civile par le biais de partenaires locaux, notamment le Syndicat national de l’éducation et de la culture. « Aide et action », dans le cadre de son programme Mali, s’adresse « prioritairement aux enfants des familles pauvres et aux enfants nomades », dans la région de Bamako, Mopti, Tombouctou et dans le pays dogon.

Organisation des études

Pour les plus jeunes, l’enseignement fondamental comprend deux cycles. Le premier, d’une durée de 6 ans, se conclut par l’obtention du certificat de fin d’études. Le second, plus court (3 ans), est sanctionné par le Diplôme d’études fondamentales (DEF).

À l’instar du système français, il existe un enseignement secondaire général et un technique. Sur les 35.000 candidats au baccalauréat général de la session 2007, 16.000 l’ont obtenu, soit un taux de réussite de l’ordre de 46%. Filière beaucoup plus restreinte, le baccalauréat technique a été décerné à 614 candidats (sur 808 élèves, soit 75%).

À côté des grandes écoles, qui datent de 1962, l’Université du Mali, hébergée à Bamako, est créée en 1996. Elle comprend 5 facultés, 3 instituts5. S’il existe un enseignement supérieur privé, il est à noter que seul l’Etat est habilité à délivrer les diplômes : les écoles privées n’ouvrant droit qu’à des attestations de réussite6.

Des points faibles endémiques

Si la situation s’est améliorée au cours des dernières années, de nombreuses préoccupations subsistent, communes à l’ensemble des pays de la zone (Bénin, Burkina-Faso, Niger, Côte d’Ivoire…). « Manque de moyens, disparités entre zones urbaines et zones rurales ou périurbaines, manque de ressources de la population… le pays fait face à de nombreux problèmes », analyse Nawal Besri. Ainsi, « à chaque rentrée, de nombreux enseignants ne rejoignent pas leur poste, parce qu’ils sont mal ou pas payés », poursuit-elle, « les autorités doivent donc recruter des contractuels peu formés ». D’où un problème de qualité de l’enseignement dispensé.

Le taux de déperdition est également très élevé. Les raisons pour lesquelles ces élèves, majoritairement des filles, abandonnent l’école sont nombreuses : infrastructures pas adaptées aux petites filles, mariage précoce, des « problèmes de violences scolaires de la part des enseignants vis-à-vis des filles ». De plus, même si l’école est gratuite, scolariser un enfant coûte cher que ce soit en fournitures ou des frais occasionnés par l’éloignement de l’enfant.

Nawal Besri se veut confiante. « La situation s’améliore, petit à petit ». Mais pour cela, conclut-elle, « il faut débloquer au Nord des ressources pour aider le Sud ».

Stéphane Hérès

(1) Au XVème siècle, l’université de Sankoré, à Tombouctou, abritait 25.000 étudiants.
(2) Le rapport peut être consulté sur le site de l’Unesco. Voir également le classement
(3) Le Mali en chiffres
(4) Lire notamment l’interview du délégué général de l’association, Roland Biache.
(5) Facultés des Sciences et Techniques (FAST), des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines (FLASH), des Sciences Juridiques et Politiques (FSJP), des Sciences Économiques et de Gestion (FSEG) et Faculté de Médecine, de Pharmacie et d’Odontostomatologie (FMPOS). Les 3 instituts sont l’Institut Universitaire de Gestion (IUG), l’Institut Supérieur de Formation et de Recherche Appliquée (ISFRA) et l’Institut Polytechnique Rural (IPR/IFRA)
(6) Toutefois, si la même formation est dispensée dans un établissement public, les étudiants ont le droit de passer l’examen terminal dans l’établissement public correspondant. Ils peuvent ainsi obtenir le diplôme. A noter : des textes en préparation accorderaient le droit à des établissements privés de délivrer des diplômes d’Etat.

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