Alain Beretz : « l’université ne doit pas manquer l’occasion d’évoluer »

Nouvellement élu1 à la présidence de l’université de Strasbourg (UDS), Alain Beretz nous livre ses impressions sur le mouvement de contestation des enseignants-chercheurs. Au lendemain de la visite de Valérie Pécresse dans son établissement, il se dit attentif aux inquiétudes de ses collègues, mais soucieux de voir l’université évoluer.

Quelle est l’ampleur de la mobilisation des enseignants-chercheurs dans la plus grande université de France2 ?

Elle est importante. Une quinzaine d’UFR, sur les trente-sept que compte notre université, est en grève déclarée. Cela étant, il est difficile d’avoir une vision d’ensemble tant l’éventail des types d’actions d’une UFR à une autre – allant de la motion à la grève complète – est étendu. L’évolution de la situation à Strasbourg au fil de la semaine est conforme à celle des autres universités françaises. Actuellement, la contestation est forte chez mes collègues de langues, philosophie, psychologie, histoire, droit, sciences économiques, sciences sociales, géographie… mais pas uniquement. J’apprends que les mathématiques et les arts adhèrent eux aussi au mouvement.

Les propos de Valérie Pécresse, venue hier jeudi inaugurer votre établissement, ont-ils rassuré les opposants au projet de loi ?

Le but de sa visite inaugurale était au-delà des préoccupations du moment. Néanmoins, elle s’est exprimée brièvement sur le sujet, affichant une volonté de dialogue. Je n’ai pas à me prononcer sur l’avis des collègues enseignants-chercheurs face aux intentions avancées par la ministre, simplement à souhaiter que cette concertation soit la plus constructive possible. Le statut des enseignants-chercheurs doit évoluer. C’est incontestable. Et il ne faudrait pas que l’université manque une occasion d’aller de l’avant. Mais je ne suis pas non plus pour que le décret passe en force.

Les craintes exprimées par les professeurs quant au pouvoir des présidents des universités vous semblent-elles justifiées ?

Non, absolument pas ! Vraiment, je ne peux y adhérer et je rejoins parfaitement la position de la CPU3 sur ce point précis. Les pouvoirs des présidents sont encadrés par tout un fonctionnement universitaire. On ne peut pas faire fonctionner une université en restant sourd au dialogue et à la concertation. Comment voulez-vous par exemple qu’un président à lui seul, si tant est qu’il en ait l’intention, puisse tout d’un coup prendre en charge l’évaluation des enseignants-chercheurs de toute une université ? Il n’en a absolument pas les moyens ! Cette idée est d’autant plus aberrante que nous, présidents, sommes avant tout des enseignants-chercheurs qui, pour la plupart, aspirons à retourner un jour à notre métier, notre passion. Nous sommes élus par nos pairs selon les principes d’un système parfaitement démocratique.

Mercredi soir, la ministre réfléchissait avec les membres du bureau de la CPU à l’élaboration d’une charte de « bonne conduite » des présidents. Le 11 février, c’est l’ensemble de la communauté universitaire qui sera consulté à ce sujet. Qu’attendez-vous de cette charte ?

Je trouve que l’idée de cette charte est bonne et je suis tout à fait prêt à participer à son élaboration. Un guide des bonnes pratiques permettra en effet de mieux encadrer l’application du décret, texte « sec » qui ne permet pas, en l’état, de prendre en compte les différentes modalités de fonctionnement de l’appareil universitaire. Car là est la vraie question : quelles sont les modalités de mise en œuvre du décret ?

Au même titre que vos confrères présidents, il ne vous reste plus que quelques jours pour remettre votre projet de nouvelles maquettes de master d’enseignement, dans quel état d’esprit êtes-vous à ce sujet ?

Je sais d’ores et déjà qu’il nous sera impossible de tenir les délais demandés. D’une part en raison du refus des collègues de certains UFR de remettre les maquettes, d’autre part en raison de l’actualité de notre établissement dont la mise en place des instances a eu lieu le 1er janvier 2009. Date à laquelle, nous avons notamment intégré l’IUFM. Il ne faut pas considérer ces raisons comme des excuses. Il y a du travail à faire et nous le ferons. Mais élaborer des maquettes viables et consensuelles demandent du temps et nous le prendrons.

Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

(1) Alain Beretz a été élu président de l’université de Strasbourg (UDS) le 18 décembre 2008. Il a pris la tête de la nouvelle université unique, née de la fusion des trois universités strasbourgeoises, le 1er janvier 2009. Professeur de pharmacologie, il était président de l’université Louis Pasteur de Strasbourg depuis le 21 juin 2007.
(2) Avec 42000 étudiants
(3) La Conférence des Présidents d’Université, s’est exprimée sur le sujet par voie de communiqué le 3 février.

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