Enseignants-chercheurs : une grève justifiée ?

« Si même Lyon III se met en grève… » titre Libération, tandis que Le Monde se penche sur les propos des enseignants-chercheurs en révolte. Le mouvement de contestation semble n’en être qu’à ses débuts et s’appuyer sur de solides arguments, -quasi-unanimes.

Lundi soir lors d’une AG à la Sorbonne, la coordination nationale des universités a décidé d’une grève illimitée pour demander le retrait du décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs. Mais le mouvement était déjà en route : l’IEP d’Aix-en-Provence par exemple était en grève lundi matin, suite à une décision votée à l’unanimité le vendredi. C’est une première dans cet établissement qui existe depuis 1956 ! Autre fait encore plus marquant : la plutôt très conservatrice université Lyon-III se met en grève ! Libération consacre un article au phénomène dans LibéLyon : il s’agit d’un fait quasiment historique. D’autant que la fac de droit s’y est mise aussi. Comment expliquer ce ralliement des juristes ?

« Le droit divin accordé aux présidents des universités »

« Ce n’est pas un hasard si les juristes se mobilisent sur cette réforme. Il n’y a pas besoin d’avoir fait dix ans de droit pour savoir que ce que l’on nous propose, ce n’est ni plus ni moins que le droit divin accordé aux présidents des universités pour l’évolution de carrière des enseignants-chercheurs » explique un professeur de droit de Lyon-III cité par le quotidien. Et l’un de ses collègues de décrire ce qui se cache derrière l’expression « modulations de service » : en clair, cela signifie moins de recherche pour les enseignants-chercheurs. Or se demande-t-il, « comment peut-on transmettre des connaissances que l’on n’acquiert plus ? Et pourquoi vais-je acquérir des connaissances si ce n’est plus pour les transmettre ? ». La question reste ouverte.

L’université n’est pas une entreprise

A terme le risque, c’est donc de voir l’université, où l’on ne transmettrait plus véritablement de connaissances, se transformer en une sorte de « super lycée ». Et de voir le savoir devenir une « marchandise » comme une autre- ce que refusent catégoriquement les enseignants de l’université Toulouse le Mirail, pour qui « l’université n’est pas une entreprise », rapporte LibéToulouse. La conception de l’université contenue dans le texte du gouvernement n’est donc plus conforme, pour nombre de chercheurs, à celle d’une université avant tout temple de la transmission du savoir. Olivier Beaud, professeur de droit public à l’université de Paris-II (Panthéon-Assas), interrogé par Le Monde, va jusqu’à prédire que l’application de ce décret conduira « à une lente mise à mort de l’université française, parce qu’il aspire à transformer les universitaires en ’employés de l’université’ et en sujets des ‘administrateurs professionnels’. » Le front des enseignants-chercheurs semble absolument uni. N’existe-t-il aucune voix discordante ? 

Certains enseignants-chercheurs ne font plus de recherche

Jean-Robert Pitte, géographe et ancien président de l’université Paris IV, juge dans une interview publiée sur Challenges.fr que le mouvement de grève illimitée des enseignants-chercheurs est « totalement injustifié ». Il estime que « beaucoup d’enseignants-chercheurs n’ont pas envie de lever le voile sur la réalité de leur temps de travail, car souvent, ils ne font plus de recherche »… Il est normal qu’ils rejettent en bloc le projet de modulations des heures de service entre recherche et enseignement, qui pourraient révéler au grand jour bien des carences.
Alors qui croire ? Une chose est certaine : la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ayant confirmé cette semaine sur Europe 1 que la réforme du statut des enseignants-chercheurs se ferait malgré tout, les semaines à venir risquent d’être agitées.

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