Serge Calabre : « l’INRP n’est pas qu’un sanctuaire du savoir pédagogique »

Directeur de l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) depuis plus de deux ans, Serge Calabre y cultive l’ouverture, comme il l’a fait tout au long de sa carrière. Et participe activement à la double mission de l’Institut : recherche fondamentale et transfert du résultat de cette recherche.

Six ans d’enseignement à la faculté de Sciences économiques de l’Université d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, de nombreuses missions au Burkina Faso et dans diverses universités africaines, trois ans à la tête de l’Institut de recherche pour le développement (IRD)… A bientôt 59 ans, Serge Calabre est d’abord un homme ouvert sur l’extérieur. « Prendre en compte les questions de développement m’a permis d’intégrer bien d’autres dimensions que les mécanismes économiques sur lesquels ma formation m’amenait à travailler. Ces expériences à l’étranger m’ont appris d’autres cultures, d’autres modes de pensée, d’autres comportements. Et cela m’a beaucoup servi ensuite. » Basé à Lyon, avec des équipes scientifiques à Paris, Cachan, Montrouge, Marseille et Rouen, l’Institut national de recherche pédagogique emploie 300 personnes, dont 117 enseignants-chercheurs. Mais il est également en relation avec 800 enseignants associés.

Une double mission

Après plus de 25 ans d’un parcours purement universitaire, qui l’amène également à la tête de la section d’économie de l’École normale supérieure de Lettres et Sciences humaines, l’occasion se présente pour Serge Calabre de découvrir un univers qu’il connaît peu, celui de l’Éducation nationale. Et quand il prend les rênes de l’Institut, en septembre 2006, c’est avec le même regard que lors de toutes ses expériences précédentes. « Comme économiste, j’ai toujours été porté vers l’action. Mes centres d’intérêt touchent au fonctionnement de l’État et des institutions. Il s’agit, à mes yeux, d’une autre façon de me tourner vers les autres et c’est cette sensibilité que j’exprime à la tête de l’INRP. » Dans son organisation et son fonctionnement, l’Institut lie en effet des aspects de recherche fondamentale et des préoccupations concrètes. « Notre mission est double : développer les connaissances et la compréhension de la pédagogie, mais aussi transférer le résultat de ces recherches vers le système éducatif, du ministère aux enseignants, en passant par les inspecteurs ou les inspecteurs généraux. Et nous sommes très impliqués dans l’évolution de la formation des formateurs ».

Un lieu privilégié

Réformes du lycée, de la formation et du recrutement des enseignants… l’actualité ne manque pas de thèmes relevant de l’expertise de l’INRP. Mais, sur ces sujets, l’intervention de l’Institut n’a pas été directe. « Nous n’avons pas été consultés par le ministère pour élaborer la politique. Mais nous avons adapté et fourni toutes les ressources documentaires et toutes les connaissances susceptibles d’alimenter les réflexions. » Et, en la matière, l’Institut est un lieu privilégié, avec les 950.000 pièces de son musée de l’Éducation mis en place par Jules Ferry, les 600.000 volumes de sa bibliothèque, les neuf collections d’ouvrages et les sept revues scientifiques qu’il édite, ou les 70.000 pages à consulter sur son site Internet.

Des défis à relever

Pas question toutefois de ne voir en l’INRP qu’une forme de sanctuaire du savoir pédagogique. « Pour approfondir la mise en œuvre de notre mission de transfert des résultats de la recherche, nous devons renforcer nos partenariats, et mobiliser plus largement la communauté scientifique. Il faut aussi consolider la dimension internationale de notre activité, qui se traduit notamment par notre implication dans des projets européens, comme le Réseau d’experts en sciences sociales de l’éducation et de la formation dont nous assurons la coordination. » Observateur-acteur privilégié, Serge Calabre a également son opinion sur les défis qui attendent l’Éducation nationale. « Le premier concerne l’orientation, qui doit s’appuyer davantage sur la volonté des élèves plutôt que sur une sélection par des voies privilégiées. Le second consistera à modifier le contenu de la formation pour renforcer encore l’acquisition des compétences, la cohérence des enseignements et, finalement, l’égalité des chances. »

                                                                        Patrick Lallemant

Serge Calabre en cinq dates

Novembre 1981 : agrégation des universités en sciences économiques. Nommé professeur des universités
Février 1982 – juillet 1988 : professeur à la Faculté de Sciences économiques de l’Université d’Abidjan (Côte d’Ivoire)
Septembre 1999 – février 2003 : professeur à l’École normale supérieure de Lettres et Sciences humaines
Mars 2003 : détaché en tant que Directeur général de l’Institut de Recherche pour le développement (IRD) Septembre 2006 : devient directeur de l’INRP

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