Alcoolisation massive des jeunes : les CPE en alerte

Amorcé au cœur de l’été 2008, le renforcement de la lutte1 contre les phénomènes d’alcoolisation massive et précoce insiste sur l’aspect pédagogique de la démarche. Dans les établissements, les conseillers principaux d’éducation (CPE) doivent être au fait de ces nouvelles mesures2 pour prévenir, reconnaître et traiter les conduites à risques des élèves.

« Chercher à boire une grande quantité d’alcool en un minimum de temps3 n’est pas, pour ainsi dire, un phénomène très nouveau », entame Philippe Daviaud, conseiller principal d’éducation, chargé de mission CPE à l’IUFM de Paris. « En revanche, l’étendue sociale de ce type de comportements – associés non pas à la fête mais à un besoin de décrochage radical et immédiat – est, elle, très nette. Ces moments de fuite qui, dans les années 70, meublaient par défaut les mercredis après-midi de certains pensionnaires plongés dans l’ennui des villes nouvelles sont désormais le fait coutumier de nombreux jeunes4 aux profils sociaux et scolaires très divers ».

Repérer les conduites d’appel

Auteur d’un site de ressources pédagogiques à destination des CPE et plus particulièrement des candidats au concours, Philippe Daviaud incite les étudiants à se tenir au fait de ces « conduites d’appel » dont le repérage est au cœur de l’exercice du métier. Il explique : « le CPE, par sa position complexe et centrale, à l’intersection de la sphère publique et de la sphère privée des élèves, est particulièrement bien placé pour percevoir les signaux de mal-être des adolescents. Retards récurrents, absences non justifiées, troubles du comportement (…) sont autant d’indices donnés par l’adolescent à l’adulte référent susceptible de lui venir en aide. Or le CPE, dont la mission est de placer les jeunes dans les meilleures conditions de travail possibles, a cette opportunité d’entendre et de voir la souffrance adolescente dont l’alcoolisation massive n’est jamais qu’une manifestation ».

Condamné à « naviguer à vue » entre l’équipe enseignante, l’équipe administrative et les élèves, le CPE, médiateur par excellence, est également censé anticiper les conduites à risque. « Faire de la prévention primaire en parlant aux élèves des risques immédiats et associés de l’alcoolisation – tant sur le plan de la santé que de la loi – permet précisément d’offrir ce fameux cadre d’écoute et d’aborder en amont les réponses aux problèmes », insiste Philippe Daviaud.

Réagir et proposer

S’il est homme d’écoute, le CPE est aussi homme de sanction. Alors, face à un élève manifestement épris de boisson, ou en possession d’alcool, c’est à lui de réagir. Pour Philippe Daviaud : « il n’y a rien de pire, pour un adolescent, que de ne pas être pris au sérieux dans ses actes. S’il montre, c’est qu’il veut bien montrer. Il s’agit donc d’avoir une réaction ferme à la hauteur de la faute commise en accord avec le règlement de l’établissement et sous-entendu, avec la loi. Mais dans tous les cas, la sanction doit s’accompagner d’une proposition de suivi. Recevoir l’élève, sur plusieurs rendez-vous, le faire parler de lui, de ses projets, l’aider à définir des objectifs… Évoquer sa consommation d’alcool et le cas échéant de produits alternatifs ou associés est important, mais ne doit pas être le seul objet de ce suivi plus proche du coaching que du contrôle ».

Sur le site de Philippe Daviaud, on pourrait s’étonner du nombre d’articles et de sujets d’épreuves écrites et orales consacrés aux drogues et à l’alcool. À croire que la lutte contre les toxicomanies soit devenue le principal cheval de bataille des CPE, il n’y a qu’un pas. « Avec nos jeunes, nous sommes bien loin de l’ivresse de Gargantua. L’abus festif a laissé place à la défonce détresse : dégradation de l’image, fragilisation de l’estime… Si l’on n’agit pas en profondeur, les conséquences de ces comportements seront encore plus sombres qu’il n’y paraît ». Le message de Philippe Daviaud est quant à lui des plus clairs. 

                                         Marie-Laure Maisonneuve

(1) Menée par le Ministère de la Santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative
(2) Voir le dossier sur les mesures de prévention et mesures législatives
(3) Selon le principe du « binge drinking »
(4) Voir les résultats de l’enquête ESCAPAD 2005 menée par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies.  

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