Les multiples vies de Joseph Lakanal

Professeur de grammaire, de rhétorique, de philosophie puis de latin, Joseph Lakanal fut envoyé à la Convention où il vota la mort de Louis XVI avant de contribuer à la fondation de notre système éducatif, et d’émigrer aux Etats-Unis. Il est aussi le père de l’Institut de France.

Clin d’œil de l’histoire, Joseph Lacanal, future figure de la Révolution française, naît un 14 juillet, en 1762, à Serres, un petit village de l’Ariège à 7 kilomètres de Foix. Elevé par son oncle, futur évêque constitutionnel de l’Ariège, il entre au collège des Pères de la doctrine chrétienne. Elève brillant, il termine ses études à 18 ans et entame simultanément une carrière religieuse et d’enseignant.

Professeur et révolutionnaire

De Lectoure à Bourges et Moulins, en passant par Moissac ou Castelnaudary, il enseigne successivement grammaire, rhétorique et philosophie. En 1791, il suit son oncle à Pamiers comme vicaire épiscopal. En septembre de l’année suivante, le département de l’Ariège l’envoie siéger à la Convention. Républicain convaincu, Joseph Lacanal modifie alors l’orthographe de son nom pour se distinguer de ses trois frères royalistes. Il vote la mort de Louis XVI et s’illustre par son action au sein du Comité d’instruction publique : en 1793, il présente le projet de décret pour l’établissement de l’instruction nationale, puis intègre en compagnie de Robespierre la Commission de six membres chargée de préparer un projet de décret sur l’éducation et l’instruction publique.

L’organisateur

Pendant les trois années suivantes, Lakanal présente plusieurs rapports, dont on sait aujourd’hui qu’ils étaient souvent largement inspirés par des travaux antérieurs, dont les auteurs sont restés dans l’ombre. Quoi qu’il en soit, s’il n’en est pas forcément toujours l’inspirateur, Joseph Lakanal contribue largement à la création de l’Ecole Normale, d’une École publique des langues orientales vivantes, de 24.000 écoles primaires et des « écoles centrales », second degré d’enseignement où les élèves apprenaient les sciences. C’est également à cette époque qu’il présente le règlement de fondation d’un Institut national, qui deviendra l’Institut de France. Arrive l’Empire, qui le voit redevenir professeur, de latin cette fois, puis économe du lycée Bonaparte, à Paris. Après avoir pris sa retraite d’enseignant, il devient inspecteur des poids et mesures en 1807.

L’aventure américaine


Mais la Restauration le prive de ses fonctions et de son titre de membre de l’Institut. Veuf et brouillé avec ses enfants, il décide alors de s’expatrier, et gagne les Etats-Unis. Il vit d’abord dans une colonie française sur les bords du Tombechbee, dans l’Alabama. A la demande du gouvernement de la Louisiane, il se rend ensuite à la Nouvelle-Orléans où, pendant dix ans, il réorganise l’université en tant que président. En 1825, il quitte ses fonctions pour revenir à la colonie du Tombechbee. Il la trouve en ruines et achète une terre à proximité, où il envisage de finir ses jours comme colon. Mais la révolution de juillet, en1830, lui inspire le désir de revoir la France.

L’académicien

Il mettra sept ans à le concrétiser. Entre temps, en 1834, l’Académie des sciences morales et politiques, qui a succédé à l’Institut national, l’appelle en son sein. Il rentre à Paris trois ans plus tard, après 22 ans d’exil et s’y remarie l’année suivante, à l’âge de 76 ans, avec une femme de 30. Simultanément, il publie son « Exposé sommaire des travaux de Joseph Lakanal, ex-membre de la Convention nationale et du Conseil des Cinq-Cents, pour sauver, pendant la Révolution, les sciences, les lettres, et ceux qui les honoraient par leurs travaux », où il exagère un peu son rôle. Elu vice-président de l’Académie le 6 décembre 1843, il meurt un peu plus d’un an plus tard. Il est enterré au père Lachaise.

                                                           Patrick Lallemant

Joseph Lakanal en cinq dates

14 juillet 1762 : naissance à Serres, dans l’Ariège
1780 : commence à enseigner, la grammaire, à Lectoure
1815 : préside l’université de la Nouvelle-Orléans
1837 : rentre en France
14 février 1845 : meurt à Paris, à près de 83 ans

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