Emmanuel Davidenkoff : « Trois mois charnières pour l’éducation »

Présidence française de l’Union européenne, report de la réforme des lycées sur fond de manifestations, masterisation du recrutement, mise en place de la loi LRU… L’année qui vient de s’achever aura été marquée par quelques dossiers chauds. Bilan 2008 et perspectives 2009 en cinq points, avec Emmanuel Davidenkoff, Directeur de la rédaction de l’Etudiant et chroniqueur sur France Info.

Un mot, pour commencer, des six mois de présidence française de l’Union européenne. Qu’en retenez-vous en matière d’éducation ?

C’est dans le domaine de la mobilité des étudiants que les résultats me semblent les plus nets. Le Conseil Education a par exemple adopté une déclaration qui vise à faire de cette mobilité étudiante un droit et plus seulement une possibilité. C’est une incitation, mais l’Europe ne peut pas aller au-delà. Depuis le traité de Rome, en 1957, elle n’a pas le droit de s’occuper d’éducation, qui reste une prérogative nationale. Les avancées ne peuvent donc être que limitées, et ne s’obtiennent que par la bande, par le biais d’initiatives comme Erasmus et de leurs corollaires : bourses pour les étudiants, systèmes d’équivalence…

Parmi les grands chantiers de 2008 qui marqueront 2009, figure bien sûr la réforme des lycées, finalement reportée. Comment envisagez-vous la suite ?

En octobre, nous avions publié dans l’Etudiant une enquête intitulée « Lycées, dernière rentrée avant la crise ? », tant le malaise était latent. Ce malaise n’a pas été pris en compte. En outre, la réforme n’avait donné lieu à aucune véritable concertation, jusqu’à ce que les lycéens imposent une remise à plat. On repart donc de zéro, mais sous la pression, et je pense que ce n’est pas le meilleur gage de succès. D’autant que demeure un sacré paradoxe : Xavier Darcos veut réformer le lycée, mais sans toucher au baccalauréat, qui est l’élément structurant de tout notre système éducatif. Des ajustements se feront dans les lycées. Reste à savoir de quelle ampleur.

Autre chantier qui semble susciter quelques remous, l’autonomie des universités. Valérie Pécresse risque-t-elle de rencontrer autant de résistance que Xavier Darcos ?

J’avoue que la lettre ouverte des présidents d’université à Nicolas Sarkozy m’a surpris. Car on n’a sans doute jamais donné autant aux universités, en tout cas depuis dix ans. Il y a pourtant une inquiétude réelle des universitaires, parce qu’on leur demande des choses qu’ils n’ont jamais faites. Dans la mesure où les effets sur les étudiants ne sont pas quantifiables, la réforme soulèvera sans doute quand même moins de vagues que celle des lycées. Mais il ne faut jamais sous-estimer la capacité des universitaires à créer la polémique et à susciter le débat. En fait, c’est l’accompagnement de la réforme qui sera décisif.

C’est dans ce contexte que les universités doivent mettre en place la masterisation du recrutement des enseignants…

C’est effectivement un dossier épineux que Xavier Darcos a transmis à Valérie Pécresse. Là encore, la réforme demande accompagnement, écoute et explications. A l’évidence, toutes les universités ne réussiront pas à la mettre en œuvre dans les mêmes délais et dans les mêmes conditions. Du reste, les deux aspects peuvent être liés. Il n’est pas impossible que, pour marquer leur opposition à la loi LRU, certaines universités traînent les pieds pour créer les masters d’enseignement. D’autant que les deux chantiers leur imposent deux gigantesques réorganisations simultanées.

Y a-t-il, à votre avis, un autre dossier qui pourrait émerger cette année ?

La carte scolaire précise doit être dévoilée dans les semaines qui viennent. On connaîtra alors la dotation horaire globale des établissements et la carte des suppressions de postes. Chaque année, janvier et février sont marqués par des mouvements de protestation locaux qui font intervenir les parents, notamment dans le primaire, pour faire pression sur les élus locaux. Pour moi, l’inconnu cette année réside dans la capacité des enseignants à faire entrer les parents dans la protestation contre la diminution des moyens. Les trois mois qui viennent seront de toute façon des mois charnières, et pas uniquement pour des raisons ayant trait à l’éducation.

              Propos recueillis par Patrick Lallemant

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