Propos sur le bonheur… d’enseigner

« Le bonheur d’enseigner » était le thème de la table ronde organisée par VousNousIls*, lors du dernier Salon de l’Education. Pendant 90 minutes, cinq enseignants, un grand témoin et plusieurs dizaines de spectateurs ont débattu sur leur vocation, leurs joies et leurs difficultés. Morceaux choisis, classés par grands thèmes.

L’utilité

Elisabeth Russo : « J’ai travaillé dans le marketing et même, pendant quelques années, sur les marchés financiers ; j’avais le sentiment de ne servir à rien. Pour moi, le bonheur d’enseigner, c’est d’abord celui d’être utile »

Stéphanie Augereau : « Issue d’un milieu où il n’y avait pas un grand accès à la culture, c’est l’école qui m’a donné le goût d’apprendre, les outils pour avoir une conscience politique, comprendre les gens… Cette mission, l’école la remplit toujours aujourd’hui. Il faut lui en donner les moyens, car c’est en cela que nous sommes utiles ».

Bénédicte Gendron : « L’existence d’autres sources d’information ou de formation peut amener les enseignants à se sentir menacés, donc fragilisés. Mais leur rôle va au-delà de la simple transmission du savoir. L’école fournit les outils nécessaires à l’éducation, au développement des personnes ».

Apprendre de ses élèves

Jacques Daix : « En entreprise, mes élèves utilisent des outils informatiques très variés. Quand ils rentrent de stage, il n’est pas rare qu’ils forment eux-mêmes leurs camarades sur tel ou tel logiciel. Ce partenariat entre l’entreprise, les élèves et nous, nous amène à nous remettre en cause, à évoluer »

Dominique Zahnd : « Dans l’utilisation de ces nouvelles technologies, les élèves sont parfois bien plus forts que nous. Cela provoque des situations intéressantes. Elles nous permettent de dire à un lycéen qu’il vient de nous apprendre quelque chose. J’aime beaucoup ces moments où c’est le maître qui apprend de l’élève. »

Elisabeth Russo : « Parfois, vous êtes face à des jeunes qui n’ont pas le bagage culturel pour comprendre ce dont vous leur parlez. Notre rôle, c’est alors d’effectuer un travail sur soi pour réussir à faire passer le message quoiqu’il arrive ».

Bénédicte Gendron : « Se remettre en question, c’est le seul moyen de redonner le goût d’apprendre aux élèves qui l’ont perdu. »

Les difficultés

Stéphanie Augereau : « La difficulté principale du métier, c’est de répondre à une commande institutionnelle en l’adaptant à des élèves tous différents. Et, face à cette difficulté, on se retrouve parfois bien seul. »

Stéphane Klein : « Redonner le goût d’apprendre, ça veut dire se donner du temps, réfléchir en équipe, aménager les emplois du temps, adapter les effectifs des classes. Ce sont des besoins que l’on éprouve quotidiennement. Mais… comment dire ? Ce n’est pas vraiment dans l’air du temps. »

Jacques Daix : « Quand vous croisez un jeune en déshérence sociale, le sentiment d’avoir échoué est douloureux. Car vous avez l’impression de ne pas avoir fait ce que vous deviez faire pour lui ».

Bénédicte Gendron : « Les professeurs doivent composer avec un système administratif lourd qui, par ailleurs, ne leur apporte pas un grand soutien. Mais je crois encore au potentiel extraordinaire de gens ordinaires, comme vous et moi».


 


 


*Plus d’infos sur le débat


 
                                           Propos recueillis par Patrick Lallemant

La table ronde a réuni cinq enseignants (Stéphanie Augereau, Jacques Daix, Stéphane Klein, Elisabeth Russo et Dominique Zahnd) et un grand témoin, Bénédicte Gendron.

Stéphanie Augereau, professeur d’histoire-géographie au collège Pierre Reverdy, Sablé-sur-Sarthe
Jacques Daix, professeur de construction, génie civil et économie au lycée professionnel Le Garros, Auch
Stéphane Klein, proviseur adjoint du lycée Ribeaupierre, Ribeauvillé
Elisabeth Russo, professeur de Lettres modernes, lycée d’enseignement général, Vitry-sur-Seine
Dominique Zahnd, professeur de SVT, lycée Lambert, Mulhouse
Bénédicte Gendron, professeur des universités, économiste, spécialisée dans les sciences de l’Éducation à l’université de Montpellier III


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