Patrick Baranger : « Pas de formation des enseignants au détriment de la recherche »

Dans un document très critique, le collectif « Sauver les Lettres » explique ses craintes à propos des maquettes des futurs Capes de lettres modernes et classiques. Président de la Conférence des directeurs d’IUFM (CDIUFM), Patrick Baranger reconnaît comprendre ces inquiétudes.

Que pensez-vous de la réaction des professeurs de lettres à propos de la modification du Capes ?

Je comprends leurs craintes, qui rejoignent d’ailleurs celles des historiens et des linguistes. Cette évolution marque en effet une rupture par rapport aux traditions. Les nouvelles épreuves consistent plus en une vérification des compétences professionnelles qu’en un contrôle des connaissances académiques, qui relève désormais presque exclusivement de l’obtention du master. Il y a donc une incompréhension, peut-être liée à une sous-information sur cet aspect. Par ailleurs, même si tel n’est pas son but, cette réforme met objectivement en danger les filières de recherche à l’université.

Pourquoi ?

Jusqu’à présent, la licence suffisait pour se présenter au Capes. Mais le concours est extrêmement difficile. Un certain nombre d’étudiants s’engageait donc dans une première, voire dans une deuxième année de master de recherche et ne présentait le concours qu’ensuite. Du reste, ces étudiants se présentaient souvent simultanément à l’agrégation. Dès lors que des masters seront créés dans le cadre d’un parcours dédié aux métiers de l’enseignement, les filières de recherche se trouveront forcément délaissées. Des considérations économiques entreront très vite en jeu, et c’est l’existence même de ces filières qui peut se trouver menacée.

La question est délibérément provocante, mais a-t-on encore vraiment besoin de chercheurs en lettres modernes ou classiques ?

Ce qui caractérise la recherche, c’est précisément qu’on n’a jamais fait le tour d’une question, pas plus en lettres, sciences humaines ou sociales qu’en sciences dites exactes. Notre culture a autant besoin de recherches littéraires pointues que de recherches en électromagnétique ou physique nucléaire. De plus, par delà ses résultats, la recherche permet d’acquérir des postures intellectuelles et des méthodes qui peuvent être appliquées dans n’importe quel champ professionnel.

Faites-vous partie de ceux qui craignent une baisse du niveau des futurs enseignants ?


C’est vrai, les étudiants qui présentaient le Capes avec un niveau bac +6 voire bac +7 n’étaient pas rares. Mais, honnêtement, je ne sais pas si ce risque existe. Actuellement, au niveau d’un master, que ce soit en littérature ou en histoire, les thématiques étudiées sont extrêmement pointues et approfondies, mais sur des champs souvent très étroits. Les connaissances acquises en master d’enseignement seront plus générales. Il est donc difficile d’établir une comparaison entre deux types de savoirs et de compétences de natures différentes.

Finalement, que faudrait-il faire ?


En tant que directeur d’IUFM, je suis extrêmement attaché à la formation professionnelle des enseignants. Mais je suis aussi très compréhensif des craintes de mes collègues universitaires de lettres ou d’histoire. Il faut donc garantir l’avenir de la recherche. On cite toujours la Finlande en modèle européen pour les résultats de son système scolaire. Grâce au dispositif de formation et de congés sabbatiques, 40% des enseignants du secondaire y sont titulaires d’un doctorat. C’est peut-être une des clés de ce succès. Permettre aux jeunes enseignants de prolonger leurs études par une thèse, comme le prévoit la réforme du recrutement, est une bonne idée. Mais il faut trouver les dispositions structurelles qui permettront de la mettre en œuvre. En tout cas, je pense qu’il faut préserver la formation par et à la recherche.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

Partagez l'article

Les commentaires sont fermés .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.