Bénédicte Gendron : « Les enseignants ont besoin de soutien »

Professeur des universités, spécialiste des sciences de l’Education, Bénédicte Gendron a participé en tant que grand témoin au débat sur le bonheur d’enseigner organisé par VousNousIls.fr au salon de l’Education. Séduite par les propos d’enseignants passionnés, elle avoue cependant avoir été surprise par la persistance de certains blocages.

Quelles réflexions le débat vous a-t-il inspirées ?

Je l’ai trouvé intéressant et stimulant. Il réunissait une palette d’enseignants différents, passionnés, dont certains ne souhaitaient pas nécessairement entrer dans l’éducation. Mais, finalement, tous étaient animés par un bonheur d’enseigner commun, même si les modes de fonctionnement et les causes du bonheur différaient.

Sur le fond, certains propos vous ont-ils surprise ?

Je reste étonnée, et même choquée, par l’impact que peuvent encore avoir certains mots. Certains enseignants semblent encore, par exemple, charger l’évaluation de tous les maux, alors que de nombreux travaux prouvent que l’on ne peut pas avancer sans elle. L’autorité, aussi, est mal perçue, parce qu’on la confond avec l’autoritarisme. L’idée de compétence, dont je pensais qu’elle ne posait plus de problème, n’est pas non plus acceptée par tout le monde : certains enseignants estiment encore devoir transmettre un savoir, pas des compétences. Il y avait clairement deux profils dans le public.

Tous ont pourtant terriblement besoin d’une reconnaissance de leur utilité sociale…

Oui, mais ça c’est le propre de l’Homme, pas des enseignants ! Et cela ne change rien à la conception qu’ils ont de leur rôle. Il est cependant vrai que le contexte exacerbe ce besoin de reconnaissance. Les enseignants exercent un métier fortement émotionnel, animés par un réel espoir d’aider l’autre. Et ils se retrouvent confrontés à une institution et à un public qui leur demandent sans cesse plus, sans avoir les moyens de faire face à ces demandes. S’y ajoutent la reconnaissance sociale minime et le regard globalement négatif actuellement porté sur le système, tant par les autorités que par les parents.

Les enseignants étrangers se posent-ils autant de questions existentielles ?

Cela dépend des pays, mais il est évident que certains portent un autre regard sur l’Education et que le moral des enseignants s’en ressent. On cite souvent la Finlande en exemple pour ses résultats. Ils ne sont pas dûs au hasard ! La Finlande a complètement réformé son système. L’Etat conserve la maîtrise des programmes, mais les enseignants y sont recrutés au niveau municipal. Ils sont libres d’enseigner comme ils le souhaitent. Les classes sont plus spacieuses, avec beaucoup moins d’élèves et l’enseignant est considéré comme quelqu’un de très important, chargé d’aider l’enfant ou l’adolescent à grandir, s’épanouir et trouver sa voie.

Que faudrait-il faire pour que le bonheur d’être enseignant s’ajoute à celui d’enseigner ?

Ajouter le « savoir être » au savoir et au savoir faire, et permettre aux enseignants de garder la possibilité de créer. Qu’y a-t-il de plus frustrant que d’être emprisonné dans un programme et ne pas réussir à l’atteindre ? Ensuite, il faudrait également former les enseignants à la gestion des conflits et leur apprendre à aller au-delà du mode d’enseignement traditionnel, à devenir les accompagnateurs de l’épanouissement d’enfants qui n’ont plus rien à voir avec ceux d’il y a vingt ans. Par ailleurs, il faut que l’institution soutienne davantage ses enseignants, plutôt que de les mettre systématiquement en accusation. Ils en ont besoin. En attendant, chacun doit chercher son bonheur à travers ses expériences et ses réussites personnelles. Un peu comme un marin, qui sait qu’il suit le bon cap, sans pour autant voir son port de destination. 

                                         Propos recueillis par Patrick Lallemant

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