Elisabeth Russo : “Enseigner, c’est se remettre en question”

Après avoir commencé sa carrière dans le marketing, Elisabeth Russo assouvit sa passion pour la littérature en enseignant le français.

« Pour moi, le bonheur d’enseigner, c’est réussir à faire aimer un texte quand ce n’était pas gagné d’avance ». Littéraire contrariée, Elisabeth Russo passe un bac C et intègre une prépa HEC. « Ma famille aurait trouvé incongru que je poursuive des études de lettres. A ma sortie de l’école, en 1993, je me suis retrouvée à travailler pour un cabinet de conseil sur les tendances marketing de la beauté. Mais ça ne m’intéressait pas ! » Finalement, c’est la naissance de son fils qui va amener la jeune femme à s’interroger.

Debussy et ses contemporains

Elle ne s’imagine pas courir toute la journée et le laisser dans une crèche pour une vie professionnelle qui la frustre intellectuellement. Pour oublier qu’elle s’ennuie au travail, la jeune femme se plonge, dès qu’elle le peut, dans la lecture de critiques d’art ou de traités esthétiques. Simultanément, elle découvre la musique de Debussy. « J’ai eu un véritable coup de foudre pour son époque. Je me suis mise à écouter beaucoup de musique, à fréquenter les musées et à lire Proust, Mallarmé, Colette ou Gide. J’ai eu l’impression de tirer un fil, et c’est toute une pelote de laine qui est venue ». Après en avoir parlé avec son mari, elle démissionne et s’inscrit à la Sorbonne pour étudier, enfin, la littérature.

« Transmettre le plaisir »

Son diplôme de commerce lui offre l’équivalent d’une maîtrise. Mais Elisabeth Russo n’a plus fait de français depuis la 1ère. Elle passe donc une licence, avant de préparer l’agrégation, qu’elle décroche à la troisième tentative, en 2002. Elle est alors nommée stagiaire au lycée Condorcet, à La Varenne Saint-Hilaire, dans le Val-de-Marne. L’année suivante, elle obtient sa titularisation, comme TZR*, dans l’académie de Créteil. « Ce n’est pas l’envie d’enseigner qui m’a amenée à ce que je fais aujourd’hui. Mais, la première fois que je me suis retrouvée devant une classe, j’ai découvert que j’adorais transmettre le plaisir et l’amour que j’éprouve pour un texte ». Pas question, pour autant, de basculer dans l’idéalisme. « Il arrive que quelque chose de magique se crée dans une classe. Malheureusement, cela peut jouer dans un sens ou dans l’autre ! »

Des moments de découragement

Elisabeth Russo se souvient notamment avoir vécu une année noire, dans une classe où le courant n’est jamais passé. « Pendant tout ce temps, j’ai essayé prendre énormément de recul et de ne pas répondre à l’agressivité par l’agressivité. Mais, cette année là, il m’est arrivé de rentrer chez moi en pleurant, avec l’envie de démissionner ». Ces moments de découragement passés, la jeune prof de français relativise, retrouve la passion qui l’anime et, finalement, en sort plus forte. « Quand les élèves ne comprennent pas, il faut savoir se remettre en question. Le côté génial de l’enseignement, c’est qu’il force le professeur à mettre sa susceptibilité au placard ! »

                                                                    Patrick Lallemant

*Titulaire sur zone de remplacement

Elisabeth Russo en cinq dates

1993 : Diplômée de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP)
1995 : Découverte de Debussy, son œuvre, ses contemporains en musique, peinture, littérature (Proust, Mallarmé, Colette, Gide…)
1998 : Entrée à la Sorbonne en licence de Lettres Modernes (licenciée en juin 1999)
2002 : Agrégée de Lettres Modernes
2003 : Titularisation dans l’Académie de Créteil

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