Clotaire Massengo : « les clichés alimentent les discriminations »

Dans une étude rendue publique la semaine dernière, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité pointe les innombrables stéréotypes véhiculés par les manuels scolaires. Clotaire Massengo est en charge de l’éducation à la Halde.

Qu’est ce qui a incité la Halde à mener cette étude ?

A l’origine, nous pensions simplement travailler sur la façon dont la question de l’égalité et des discriminations est traitée dans les manuels d’instruction civique. Mais il nous a rapidement semblé judicieux d’élargir notre analyse à la question des stéréotypes et à l’ensemble des manuels scolaires. La Halde est compétente dans 18 domaines de discrimination et nous ne pouvions pas explorer les 18 thèmes. Nous en avons donc retenu cinq : le sexe, l’âge, la représentation des personnes étrangères, celle des personnes handicapées et l’orientation sexuelle.

Quel est le point qui vous a le plus surpris ?

Des études avaient déjà été menées et nous ne sommes pas partis ex nihilo. Nous n’avons donc pas été étonnés de constater la position dévalorisante dans laquelle les manuels placent encore les femmes. Mais j’avoue que l’ampleur de l’absence d’éléments sur les orientations sexuelles m’a surpris. La visibilité de l’homosexualité dans les ouvrages scolaires est quasiment nulle : une seule évocation sur les 3097 illustrations analysées. Seul un manuel de SVT y fait allusion, dans un chapitre qui traite du Sida !

Vous soulignez les risques inhérents à l’importance sans cesse grandissante de l’image dans les manuels…

C’est à partir de ces images que les adolescents bâtissent leur imaginaire. S’ils ne disposent pas d’autres éléments d’informations, ils établissent seuls certains liens : les personnes âgées sont inactives, les femmes occupent des emplois inférieurs, l’Afrique se résume à la pauvreté et à la misère… Or, ces stéréotypes alimentent souvent les comportements discriminatoires. La pédagogie impose donc de commencer par lutter contre ces clichés, avant de sanctionner les discriminations.

Comment les éditeurs ont-ils réagi à vos remarques ?

Leur accueil est plutôt favorable, et les éditeurs semblent d’accord avec notre souhait de parvenir à une représentation plus fidèle de la société. Cependant, ils avaient sans doute déjà connaissance des résultats des études précédentes, sans avoir véritablement évolué pour autant. Notre action ne fait donc que débuter, et nous suivrons la mise en œuvre de nos recommandations, tant par les éditeurs que par l’Education nationale. Il faut par exemple que la thématique des discriminations ne soit pas uniquement abordée en classe de 5ème, comme c’est le cas actuellement.

Quelles autres suites entendez-vous donner à cette étude ?

Il nous semble nécessaire de l’étendre aux manuels utilisés dans le primaire, car c’est dès le plus jeune âge que se forgent les stéréotypes. Et si les manuels du secondaire en regorgent, il y a un sérieux risque pour que les ouvrages du primaire en contiennent également ! Nous souhaitons également l’élargir à d’autres champs, comme les pratiques religieuses ou les appartenances syndicales. 


 
                                                Propos recueillis par Patrick Lallemant

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