Quel avenir pour les sciences en seconde ?

Au lendemain de la conférence « L’apprentissage des sciences dans l’Europe de la connaissance »1, le délégué à l’éducation et à la formation au sein de l’Académie des sciences2, Pierre Léna, réaffirme sa vigilance quant à l’enseignement des « fondamentaux » en classe de seconde…

Dans un communiqué de presse daté du 3 octobre, l’Académie des sciences se prononce « avec force » pour le maintien des sciences en seconde au lycée. Leur enseignement vous semble-t-il menacé ?

Ce texte est une réaction à la proposition de Jean-Paul de Gaudemar qui dans le cadre de la réforme du lycée, envisage d’exclure les sciences (physique, chimie, sciences de la vie et de la terre, sciences de l’univers) des « fondamentaux » enseignés en classe de seconde3 en les rendant optionnels. Seules les mathématiques demeureraient obligatoires. De fait, cette manœuvre qui se ferait au profit d’un renforcement de ces mêmes enseignements en classe de première et de terminale, ne menace en rien l’équilibre de la filière scientifique mais appauvrit de façon dommageable la culture commune de tous les élèves qui ne s’y engagent pas.

Concrètement, en quoi cela poserait-il problème ?

Le choix d’une option se fait, a priori, en rapport avec la filière choisie. Et je doute fort que les élèves qui se destinent à des études de lettres, de langues ou d’économie (soit la grande majorité des lycéens) s’embarrassent d’une option sciences. Au final, ces jeunes n’auront pour toute connaissance scientifique que leurs seuls souvenirs du collège et intégreront la vie active avec un bagage insuffisant pour être à même de comprendre et de suivre le développement technologique auquel tous les métiers sont soumis.

L’Académie des sciences est-elle inquiète ?

Inquiète est un mot un peu fort… Prudente et vigilante oui. D’autant que nous ne sommes pas certains que nos concitoyens soient conscients de l’enjeu. Les sciences ne sont pas à réserver à des spécialistes. Nous ne sommes pas en train de défendre une corporation mais, au contraire, la place de ces savoirs dans la culture commune. Comment espérer des Français qu’ils parviennent à réduire de moitié leur production de carbone s’ils ne possèdent pas les bases pour en comprendre l’intérêt ? Il en est de même pour les questions de santé, de démographie etc.

Xavier Darcos, présent à la conférence, a-t-il évoqué cette question ?

Non, ce n’était pas l’objet de son intervention ni même de ces journées de travail qui visaient plutôt à dégager des pistes pour améliorer l’apprentissage des sciences en Europe. Il s’est néanmoins dit très attentif à l’avenir de la filière scientifique au lycée et s’est engagé à rendre compte des conclusions de cette conférence lors du conseil informel des vingt-sept ministres des pays membres de l’UE en charge de l’Education qui se tiendra à Bordeaux fin novembre.

De votre côté, que retenez-vous de ces journées ?

Un grand espoir pour une Europe de l’éducation scientifique. Une volonté commune de développer les sciences pour tous. Même si, pour cela, il faut s’atteler à un vaste chantier de rénovation de l’image des sciences via, notamment, une remise en question des méthodes pédagogiques.

                   Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

(1) Conférence organisée par le MEN-MESR dans le cadre de la Présidence française de l’Union européenne qui a réuni 300 experts européens à Grenoble les 8 et 9 octobre 2008.  
(2) Voir le site de l’Académie.  
(3) Au lycée d’enseignement général et technologique.

Partagez l'article

Les commentaires sont fermés .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.