Dispositifs relais : qu’en attendre pour les élèves ?

L’INRP1, via le centre Alain Savary2, a invité les différents acteurs3 des classes et ateliers relais à débattre de l’efficacité de ces dispositifs sur les élèves au cours de deux journées d’étude menées à Lyon fin septembre4. Avec la volonté de trouver des outils pour optimiser l’accueil de ces jeunes et leur retour au collège…

Re-scolarisation et resocialisation des collégiens en voie de rupture scolaire, telle est la mission confiée par l’institution aux dispositifs relais. Dans les faits, il s’agit de « repréciser fermement les limites et les contraintes du cadre scolaire à un élève dont l’attitude pose problème en classe5 tout en lui redonnant le goût d’apprendre », explique Michèle Théodor, chargée d’études au centre Alain Savary. « Ce qui sous-entend de l’aider à retrouver confiance en lui. Car un élève en voie de rupture scolaire est un enfant dont on n’a pas su ou pas pu traiter les difficultés d’apprentissage à temps et qui, au fil des trimestres, s’est trouvé une autre façon d’exister ».

Expliciter les codes de l’école

Si, comme en témoigne l’étude réalisée par le centre Alain Savary auprès de six ateliers de l’Académie du Rhône6, certains élèves ne tirent aucun bénéfice mesurable de leur séjour en classe ou atelier relais, la grande majorité d’entre eux en sortent avec un nouveau regard. « À son retour au collège, après quatre à cinq semaines de prise en charge à l’extérieur de son établissement, le jeune ne considère plus l’adulte comme un ennemi. Sa vision du métier d’enseignant a changé. Il en mesure la difficulté et, sur des bases relationnelles assainies, peut alors adopter une posture d’élève », rapporte Michèle Théodor.

« Un élève en situation de rupture scolaire est un enfant qui a progressivement décroché de l’effort intellectuel notamment parce que l’on ne lui a jamais expliqué les codes implicites de l’école », souligne Stéphane Bonnéry7, maître de conférences en sciences de l’éducation à Paris 8, venu présenter ses travaux sur le décrochage cognitif8. « Son parcours scolaire est une succession d’incompréhensions, de malentendus, de révoltes et de découragements. Son investissement intellectuel n’est pas gratifiant puisque ce jeune ne comprend pas ce que l’école attend de lui et sait encore moins ce qu’il peut en attendre… Les dispositifs relais doivent permettre d’expliciter tous les prérequis pédagogiques qui creusent les inégalités sociales ».

Comprendre le décrochage scolaire

Les professionnels des relais présents lors de ces journées de travail ont débattu de la pérennisation du changement de comportement des élèves au-delà des phases relais et de la conformité de ces transformations aux attentes des professeurs de collège. « Tout se joue sur la façon dont le retour en classe a été envisagé, sur le travail de mobilisation cognitive qui pourra ensuite être mené avec cet élève. Ce qui doit être pensé avant même qu’il ait quitté sa classe. Seuls les enseignants qui croient à la possibilité d’un changement seront en mesure de le constater », insiste Michèle Théodor. « Mais encore faut-il qu’ils aient une vision complète du décrochage scolaire ».

Soulevant la question du manque de formation des personnels éducatifs, les participants aux ateliers de réflexion se sont penchés sur le problème des représentations liées aux élèves « décrocheurs » et sur la complexité des processus qui conduisent aux situations de rupture. « Le peu de considération portée à ces élèves, à leurs familles et parfois à leurs cultures, pose problème. On ne donne pas aux enseignants les moyens de s’interroger sur la légitimité des comportements », relève la chargée d’études. Avant de conclure : « le décrochage est la conséquence d’une série de ruptures alimentée aussi par les exclusions et les changements d’établissement. On ne s’interroge pas assez sur l’absentéisme subi ».

                                                                        Marie-Laure Maisonneuve

(1) Institut national de recherche pédagogique 
(2) Centre national de ressource sur les pratiques éducatives dans les établissements et territoires confrontés à d’importantes difficultés sociales et scolaires (le site internet
(3) Enseignants, coordonnateurs, personnels de la Protection judiciaire de la jeunesse…
(4) « Dispositifs relais : quels effets pour la réussite des élèves ? », 23 et 24 septembre 2008, Lyon.
(5) Retards, absences, provocations, insolence, violence…
(6) Et dont les résultats ont été présentés pendant les deux journées d’étude
(7) Stéphane Bonnéry est l’auteur de « Comprendre l’échec scolaire. Élèves en difficultés et dispositifs pédagogiques » (La Dispute, collection L’enjeu scolaire, novembre 2007)


(8) Le décrochage cognitif se définit comme le processus qui conduit les élèves à cesser les efforts intellectuels nécessaires aux apprentissages. Il s’accompagne toujours, en amont, d’un décrochage de la compréhension.

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