Quand il n’arpente pas les crêtes alpines sous le soleil estival, René Tonneville, passionné d’escalade1, recherche l’ombre. À la mise en avant personnelle, il préfère la valorisation discrète que lui apportent les centaines de retours positifs enregistrés depuis quatre ans sur son site.

D’une vocation…


«J’ai toujours voulu être instituteur », se souvient le quinquagénaire. Cette vocation qui le gagne dès l’école primaire le conduit à se présenter au concours d’entrée à l’Ecole Normale en fin de troisième. « Issu d’un milieu très modeste, c’était pour moi la seule façon d’accéder aux études supérieures. » Il réussit ce concours en 1971 et, après un bac D, René Tonneville intègre donc l’Ecole Normale d’Instituteurs de Rouen. Deux ans plus tard, celui qui se destine à enseigner en école primaire est envoyé au collège de Fécamp où on lui confie une classe CPPN2. Tout juste plus âgé que ses élèves, René peine à asseoir son autorité. « Mais l’expérience s’est avéré enrichissante », reconnaît-il.

… à une autre

Ses obligations militaires accomplies, le jeune enseignant s’installe à Rouen où il est nommé sur un poste de titulaire remplaçant rattaché à la circonscription AIS3 de la ville. Pendant six ans, au fil des remplacements qu’il effectue dans les classes et écoles spécialisées, il découvre « toutes les facettes des troubles du comportement chez les enfants et les adolescents ». De classes d’intégration scolaire (CIS) en sections d’enseignement spécialisé (SES), René Tonneville embrasse une carrière d’instituteur spécialisé, adaptant son enseignement aux compétences de chaque nouveau groupe. Si les missions qu’il effectue dans des classes « ordinaires » ne font qu’accroître sa préférence pour les groupes « différents », le véritable déclic ne se produit qu’en 1984, à l’issue d’un remplacement d’un an en IME4. Là, auprès des 14-16 ans, le courant passe tout particulièrement. L’expérience le décide à passer son Certificat d’Aptitude à l’Enfance Inadaptée (CAEI) qu’il obtient l’année d’après. Nommé en SES dans un établissement de Rouen pendant sept ans, il vient compléter, en 2002, l’équipe enseignante de la Segpa du collège Emile Zola de Sotteville-lès-Rouen.

Tout construire


Dans la circonscription AIS de Rouen, une harmonisation des pratiques enseignantes s’impose. « Enseigner en Segpa demande une grande capacité d’écoute et d’adaptation. Quelle que soit la matière (mathématiques, français, vie sociale et professionnelle…), il faut ajuster sa pédagogie aux difficultés des collégiens. Et faire en sorte que les acquis soient en phase avec les référentiels de l’enseignement professionnel standard ». Pour alimenter de nouvelles pages (alors à naître) du site académique, René Tonneville fournit des exemples de situation. Mais le projet de mutualisation des ressources ne voit pas le jour et l’instituteur décide de créer son propre site. « Mettre en ligne cette banque de données m’a paru d’autant plus important qu’il nous a fallu nous-mêmes construire les situations de formation et d’évaluation permettant l’accès aux deux diplômes5 préparés en Segpa ».

Aux jeunes collègues, aux professeurs stagiaires, aux enseignants de lycée professionnel, à tous ceux qui côtoient des élèves en difficultés scolaires, René Tonneville donne des pistes de cours comme des trames d’évaluations. Histoire, pour ce sportif à quelques années de la retraite, de passer le relais en douceur. 

                                                             Marie-Laure Maisonneuve



1 Ce pratiquant a d’ailleurs suivi un stage de « sécurité en escalade », qui lui permet d’encadrer des séances en Segpa.


2 Classes Pré Professionnelle de Niveau (définitivement supprimées en 1992)


3 Adaptation Intégration Scolaire


4 Institut Médico Educatif


5 Le Certificat de Formation Générale (CFG) et le CAP pour les élèves en formation qualifiante (après la 3e)