Mariana Otero : « Rien n’a changé »

Au début des années 90, Mariana Otero a filmé, pendant toute une année scolaire, la vie du collège Garcia Lorca, au coeur d’une cité de Seine Saint-Denis. Son « feuilleton documentaire », La loi du collège, vient de sortir en DVD*. Pour elle, quinze ans après, la situation n’a pas fondamentalement évolué.

Quinze ans après, quel regard portez-vous sur ce que montrait votre film ?

Je suis retournée occasionnellement au collège Garcia Lorca, mais je n’y ai plus passé autant de temps que lors du tournage. J’ai tout de même l’impression que peu de choses ont changé. Certaines expériences qui y étaient menées à l’époque, comme l’aide au travail personnalisée, ont été généralisées à l’ensemble du système. Mais aucune restructuration de fond n’est intervenue. Le nombre d’élèves par classe, par exemple, n’a pas diminué. Et les difficultés soulevées par les professeurs dans le film demeurent. Peut-être avons-nous tout de même un peu plus conscience de ces problèmes aujourd’hui.

N’y a-t-il pas dans ce constat un côté un peu décourageant ?

Non, puisque rien n’a été fait ! Ce serait démoralisant si des mesures avaient été prises, si des réformes importantes avaient été menées, avec des classes de quinze élèves ou des dédoublements de classes quand apparaissent les difficultés, et si rien n’avait fonctionné. Mais, dès lors que rien n’est mis en place pour que cela change, à part des petites « mesurettes » par-ci, par-là, le statu quo est simplement logique. En dépit des efforts des enseignants qui, eux, sont énormes. En revanche, il est effectivement désespérant que les autorités n’aient rien tenté. L’école est, soi-disant, le fondement de toute société. Mais se contenter de l’affirmer ne sert à rien. Encore faut-il avoir la volonté politique de lui en donner les moyens.

Vous avez retrouvé deux anciens élèves du collège, que vous aviez filmés à l’époque. Que sont-ils devenus ?

Ils ont aujourd’hui une trentaine d’années et j’ai été très contente de voir qu’ils s’en étaient finalement bien sortis. Le premier faisait preuve d’une volonté hors du commun, et cela a payé. Il a obtenu deux baccalauréats, avant de travailler dans l’électronique. Il est heureux dans la vie et vient de partir reprendre des études en Ecosse. La seconde, qui n’était pas très motivée pendant son année de troisième, a également trouvé du travail, dans l’évènementiel. Elle reste fidèle à ce qu’elle était à quinze ans, pleine de joie de vivre et de débrouillardise. Mais les deux élèves en question n’étaient pas ceux qui suscitaient le plus d’inquiétude ! Je ne sais pas, en revanche, ce que sont devenus les élèves qui étaient le plus en difficulté.

On en arrive toujours à la même conclusion : le système fonctionne pour les enfants qui n’ont pas trop de problèmes, mais il est impuissant à aider les autres.

Peut-être pas totalement impuissant quand même. Il suffit parfois d’une rencontre. Il n’en reste pas moins que si le collège avait davantage de moyens, et si l’on permettait des expériences sur un nombre d’enfants moins important, on pourrait arriver à de bien meilleurs résultats. Il serait donc grand temps de revoir complètement le système. La prétendue égalité, en ayant le même nombre d’élèves par classe dans un collège du centre de Paris ou dans un établissement de banlieue difficile, ça ne peut pas marcher.

Aimeriez-vous renouveler l’expérience dans quinze ans ?

Si les choses ont changé, pourquoi pas ? Mais si nous en sommes toujours au même point, je n’en vois pas l’intérêt. 

                              Propos recueillis par Patrick Lallemant

*« La loi du collège », Blaq Out collection

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