Devenir enseignant…en Italie

Comme annoncé par le nouveau gouvernement(1), le système éducatif italien est en pleine mutation. Giorgio Luppi(2), professeur d’histoire et de philosophie(3) au Lycée Berchet de Milan, nous parle des modalités de formation et de recrutement des enseignants qui n’échappent pas au bouleversement ambiant.

Qui gère le recrutement des enseignants en Italie ?

Pour ce qui concerne l’enseignement public, c’est l’Etat. Ainsi qu’il est écrit dans l’article 97 de la constitution de 1948, les métiers de la fonction publique sont accessibles par concours dans le cadre établi par la loi… En fait, depuis de nombreuses années, il est possible de devenir enseignant par deux canaux différents, en fonction de la réussite au concours de recrutement. Ceux qui sont admis sont titularisés sur une partie des postes vacants. Les autres ont le droit de s’inscrire sur des listes d’attente, en disposant de la possibilité d’assurer des remplacements et de cumuler des points, ce qui leur permet de gagner des places dans le classement. En effet, un quota des postes vacants est attribué à ceux qui sont en tête de cette liste d’attente.

En quoi consistent ces concours ?

Ils comportent une partie écrite d’admissibilité et une partie orale d’admission. Les épreuves portent sur la matière spécifique que le candidat entend enseigner. En Italie, le nombre de postes d’enseignants (en primaire et en secondaire) se réduit comme peau de chagrin. Par conséquent, la sélection est rude. En temps ordinaire, il faudrait organiser une session tous les deux ans, mais l’épurement des listes d’aspirants rend cette organisation délicate… Pour réguler tout cela, la majorité de droite actuellement au gouvernement a proposé que ces concours ne soient plus organisés par le ministère de l’Education, mais par les établissements eux-mêmes, en fonction de leurs besoins. L’inscription à ces concours devrait être réservée aux enseignants non titulaires enregistrés dans des listes régionales d’habilitation. Mais ce n’est encore qu’une proposition de loi.

Comment s’articule la formation initiale des enseignants ?

Depuis 1998 la formation se déroule dans des écoles de spécialisation appelées « S.I.S. », l’équivalent des IUFM français. Pour intégrer ces structures, les étudiants doivent avoir un niveau licence, c’est-à-dire détenir une « laurea ». Les deux années d’habilitation sont axées sur la didactique, la pratique et l’expérimentation in situ. Au total, chaque étudiant passe cent quarante heures dans les classes aux côtés des titulaires. Cela fonctionne comme cela cette année encore, mais à partir de la rentrée prochaine, la formation de l’ensemble des enseignants sera exclusivement universitaire : pour les enseignants de l’école élémentaire, à la faculté des Sciences de l’éducation; pour ceux du secondaire, dans des cours de licence portant sur la discipline dans laquelle on veut obtenir l’habilitation.

Quels sont les grands axes de cette formation ?

Les trois premières années de la formation universitaire sont très magistrales. On travaille les contenus disciplinaires (philosophie, lettres, mathématiques, chimie…). Avec la réforme en cours, à la fin du premier cycle de trois ans, les étudiants pourront choisir de consacrer leurs deux années suivantes soit à la recherche, soit à la formation pour l’enseignement secondaire. On entend actuellement beaucoup de choses sur le contenu, le déroulement et l’évaluation de cette nouvelle formation universitaire. J’espère pour ma part qu’elle ne se fera pas en rupture avec le milieu scolaire.

Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

Quel est le statut social des enseignants italiens ?

Ici, les enseignants ne sont pas très reconnus socialement. Les non-titulaires sont bien trop nombreux, en particulier dans les matières générales et beaucoup restent sans poste stable pendant de longues années. Dernièrement, les réductions de budget ont été conséquentes. C’est un métier finalement peu rémunéré surtout quand on considère les lourdes responsabilités qui pèsent sur les épaules des enseignants.

Note(s) :
  • (1) En place depuis le printemps 2008.
  • (2) Professeur milanais connu pour ses recherches en didactique de la philosophie, membre de l'association « Athena » (consacrée à la recherche sur l'enseignement de la philosophie dans le secondaire), Giorgio Luppi est venu débattre des systèmes de formation et de recrutement européens lors de la journée d'étude organisée le 13 juin 2008 par l'Université Paris Diderot (Paris 7) sur le thème « Recrutement des enseignants : faut-il renoncer aux concours ? ».
  • (3) En Italie, les deux enseignements sont regroupés.

3 commentaires sur "Devenir enseignant…en Italie"

  1. Annie  4 avril 2014 à 4 h 29 min

    Ou peut-on trouvé des renseignements sur le contenu des épreuves pour devenir professeur de français en Italie? Merci de me répondre.Signaler un abus

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  2. Isabelle  23 juillet 2014 à 0 h 49 min

    Bonjour, je suis professeur de sciences en Belgique et je voudrais savoir les démarches à effectuer pour enseigner en Sicile? merci 🙂Signaler un abus

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    • Yuki  30 mai 2016 à 19 h 08 min

      Bonjour
      Je souhaiterai devenir professeur d’histoire et géographie et faire mes études en sicile. Connaissez vous une université ou un autre moyen de faire des études pour devenir professeur d’histoire en sicile ?
      MerciSignaler un abus

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