Enfants intellectuellement précoces : associations et Education nationale main dans la main

Soutien, conseils, accompagnement… Au-delà de leurs actions auprès des familles, certaines associations1 collaborent étroitement avec l’Education nationale. Monique Binda2, présidente de la fédération ANPEIP, nous dit dans quelle mesure cette complémentarité peut opérer.

Comment a évolué l’ANPEIP depuis sa création en 1971 et quelle est, aujourd’hui, sa raison d’être ?

Pendant une trentaine d’années, l’ANPEIP s’est substituée aux institutions qui n’apportaient pas de réponses aux difficultés rencontrées par les EIP, niant pratiquement le problème faute d’information sur les particularités de ces enfants. Nous devions rassurer, informer et orienter les parents désemparés par la souffrance de leurs enfants et inciter l’Education nationale à proposer des prises en charge spécifiques. Ce travail fastidieux et contesté a pris une autre dimension en 2002, au moment de la remise du rapport Delaubier à Jack Lang3 et trois ans plus tard avec l’obtention de notre agrément ministériel. Cette reconnaissance officielle, confortée par la publication de la circulaire 20074, fait de l’ANPEIP un collaborateur direct de l’école et dont l’objectif est que les EIP soient pris en charge dans chaque établissement.

Quelles actions menez-vous en direction des personnels de l’Education nationale ?



Par le biais de notre fédération et de nos antennes régionales, nous favorisons l’information et la formation des professionnels de la pédagogie, de la psychologie et de la santé. Concernant précisément les enseignants, nous avons mis en place des modules de formation proposés dans le cadre du PAF5. En marge de cela, nous intervenons ponctuellement dans des établissements scolaires qui en font la demande. Nous fonctionnons comme une banque de ressources.

Ces actions ponctuelles sont-elles, à votre sens, satisfaisantes ?

Elles ne suffisent pas. Nous espérons obtenir la formation de tous les personnels de l’Education nationale aux particularités de ces enfants. Qu’elle soit intégrée à la formation initiale et continue de manière pluridisciplinaire et ne traite pas seulement la pédagogie. L’institution doit reconnaître ses lacunes en la matière et accepter de faire appel à des intervenants pluridisciplinaires extérieurs : pédagogues, neurologues et psychologues spécialisés sur la question EIP.

Existe-t-il selon vous, une réponse scolaire idéale pour les EIP ?

La solution panacée n’existe pas. Mais dans tous les cas, il est essentiel de favoriser une plus grande souplesse dans les cursus scolaires, une adaptation aux particularités de rythme et de fonctionnement des enfants intellectuellement précoces pour éviter ou remédier à un possible échec scolaire et non pas dans le but de leur faire passer le bac avant les autres ! La « bonne » mesure ne sera pas la même selon que l’élève présente une ou plusieurs années d’avance dans ses capacités. Mais le principe de la classe à horaires aménagés, classe qui propose des cours plus denses et non pas une simple accélération du cursus par le biais de sauts de classes, se révèle souvent concluant.

Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


1Seules l’ANPEIP et l’AFEP sont agréées par le ministère comme étant des « associations éducatives complémentaires de l’enseignement public »


2 Un des membres fondateurs de l’ANPEIP aux côtés de Jean-Charles Terrassier, psychologue et initiateur de l’association en 1971, coauteur avec André Giordan de l’ouvrage « Enfants surdoués : un nouveau regard. Comment accompagner les enfants intellectuellement précoces » (Delagrave, 2006)


3 Alors ministre de l’Education nationale


4 Circulaire n°2007-158 du 17 octobre 2007 qui invite les responsables académiques à s’appuyer « sur les ressources des associations dont certaines représentent une expertise précieuse en la matière »


5 Plan académique de formation
6 En prévention dès la maternelle, au plus tard en élémentaire.


 

Que retenez-vous de la circulaire ministérielle ?

Des mesures essentielles : identification anticipée6, souplesse du cursus, création d’une commission de réflexion pour la formation des personnels enseignants et dirigeants, mise en place d’un référent national et de référents académiques, échanges de pratiques d’enseignants, mise en œuvre de mesures adaptées, reconnaissance du rôle des associations… Les bases d’une collaboration positive sont établies.

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