Semaine de quatre jours : Georges Fotinos souhaite ‘apaiser la polémique’

Ancien responsable du dossier « aménagement du temps et des rythmes scolaires » au ministère de l’Education nationale, Georges Fotinos1 considère que le débat sur la semaine de quatre jours est mal engagé. Il rappelle à cette occasion les principes et les enjeux d’un véritable aménagement du temps scolaire (ATS).

Vous plaidez, depuis de nombreuses années, pour un ATS au service des élèves. En quoi cela consiste-t-il ?

Longtemps, le législateur ne s’est préoccupé que du calendrier scolaire et de la durée horaire journalière et hebdomadaire des classes2… Entre 1980 et 19983, l’organisation du temps scolaire est enfin reconnue comme un facteur essentiel pour la réussite et le développement de l’élève désormais au centre du système scolaire. L’ATS prend alors en compte les rythmes personnels des enfants et inclut le développement des activités culturelles et sportives en partenariat avec les collectivités locales. Il fonctionne selon le calendrier annuel 7/24, dans le cadre des projets d’école ou d’établissement et avec l’aide financière de l’Etat5. Mais cette période qui connaît une amélioration des résultats scolaires6 et du climat d’établissement se clôt avec la création par Ségolène Royal du contrat éducatif local (CEL) : les activités culturelles et sportives sont désormais du domaine du péri scolaire, en lien ténu avec l’école.

La semaine de quatre jours, en place à l’école primaire depuis la rentrée, vous semble-t-elle permettre le retour d’un ATS satisfaisant ?

Cette forme d’organisation ouverte par la loi d’orientation sur l’éducation et par la circulaire du 24 avril 19917 est en place depuis 1992 dans la ville de Lyon. À la lumière des évaluations réalisées dans les écoles en semaine de 4 jours dont le principe était de libérer le samedi matin et de récupérer ce temps sur les vacances8, on remarque que les réalisations réussies satisfont à certaines conditions. Elles sont construites sur un véritable aménagement journalier, équilibré, reposant sur l’interactivité des enseignements scolaires et des temps d’animation. Elles prennent en compte les rythmes chrono biologiques et chrono psychologiques des enfants et des jeunes, se déroulent régulièrement et dans le respect des règlements et programmes sur une année scolaire allongée et sont inscrites dans un solide projet de collectivité locale.

Et s’agissant des expériences moins concluantes ?

Ces autres réalisations, soit une bonne partie, accentuent la fatigue scolaire et l’inégalité socioculturelle pour certaines populations d’élèves socialement défavorisés. Elles condamnent souvent l’équilibre très positif (pour les élèves comme pour les apprentissages) entre les enseignements fondamentaux et les enseignements sportifs, de sensibilité et activités d’éveil au bénéfice des premiers. Enfin, elles développent chez certaines catégories d’enfants et de jeunes un désoeuvrement propice au développement de comportements asociaux notamment de petite délinquance de proximité.

Quelle serait alors la meilleure formule ?

Au regard des évaluations réalisées, le meilleur cadre temporel de l’ATS s’est révélé être une journée allégée de 1 à 2 heures, une semaine de travail répartie sur 9 demi-journées (lundi, mardi, mercredi matin, jeudi, vendredi) respectant les rythmes chrono psychologiques et le rythme annuel 7/2. Le tout réparti sur une année scolaire allongée jusqu’au 10 – 13 juillet. Concernant la maternelle et l’élémentaire, je pense en outre qu’il faut aller plus loin et envisager, comme dans un certain nombre de pays de l’UE, des horaires hebdomadaires en relation avec l’âge9.

Les chefs d’établissements, directeurs d’école et les collégiens que vous avez récemment consultés sur ce sujet10 sont-ils en accord avec ces propositions ?

Absolument. Ils sont, dans leur majorité, très réceptifs aux points forts de l’ATS et dans cette optique adhèrent à un allongement de l’année scolaire en diminuant les vacances d’été. Xavier Darcos a eu le mérite de réactiver (non sans risques) le dossier « rythmes scolaires ». Il faudrait profiter de ce moment favorable pour passer de la suppression du samedi matin à une réflexion d’ensemble sur ce sujet pour tous les niveaux d’enseignement. En faire un axe politique de changement du fonctionnement de notre système éducatif.

Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

(1) Docteur ès géographie, ancien inspecteur général de l’EN, conseiller du président de la MGEN, Georges Fotinos est l’auteur (avec François Testu) de « Aménager le temps scolaire » (Hachette Education, 1996) et, plus récemment, de deux études « Le climat des écoles primaires » et « Le climat scolaire dans les lycées et les collèges » téléchargeables dans leur intégralité sur le site de la MGEN.
(2) Fixée en référence au temps de services des enseignants
(3) De 1980 à 1998, période dite psychopédagogique (le temps au service de l’élève)
(4) 7 semaines d’école, 2 semaines de congés. Calendrier réalisé à l’initiative de G. Fotinos en 1984.
(5) Par l’intermédiaire de contrats (ATS, contrat bleu, ATE, ARVE…)
(6) En particulier pour les élèves socialement défavorisés
(7) « Aménagement du temps scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires »
(8) En moyenne 12 jours
(9) 21 heures 30 pour le cycle II, 23 heures 30 pour le cycle III, 24 – 26 heures pour le collège et 26 – 30 heures pour le lycée.
(10) Voir les résultats des enquêtes.

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