« A la fin de mes études, des proches m’ont confié qu’ils me verraient bien enseignant. Mais la responsabilité vis-à-vis des enfants m’effrayait. Et les salaires pratiqués dans l’Education nationale ont achevé de me dissuader. » Fort de sa maîtrise de sciences économiques et de gestion, Frédéric Mafféo intègre donc, en 1992, une grande surface d’articles de sports, à la Garde, près de Toulon.

Dix ans à fond la forme

Echelon après échelon, ce passionné de volley-ball à la carrure athlétique se retrouve directeur adjoint du magasin. « L’étape suivante, c’était un poste de direction. Mais il fallait auparavant remonter quelques années dans le Nord, à la maison mère. » Quelques années avant « Bienvenue chez les Ch’tis », la décision est difficile à prendre pour un Varois de souche. D’autant que Frédéric Mafféo se sent de moins en moins à l’aise dans son costume de dirigeant. « De gros changements sont intervenus dans les méthodes de management. Jusqu’à cette période, on investissait beaucoup dans la formation des salariés. Et, d’un seul coup, on a adopté les pratiques de la grande distribution. Je ne l’ai pas supporté. Je suis entré en conflit avec ma hiérarchie ».

Un choix de vie

Nous sommes en 2001, et l’ancien cancre, « souvent debout sur la table », rattrape au vol l’idée qui lui avait été lancée une décennie plus tôt. A 34 ans, il demande à redevenir responsable de rayon, pour avoir le temps de préparer le pré-concours d’entrée à l’IUFM. Il le passe avec succès et négocie son licenciement, pour être rémunéré pendant sa préparation au véritable concours. « L’ANPE m’avait accordé un an pour intégrer l’Institut de formation des maîtres. Et j’ai réussi. » Il se souviendra longtemps de son premier contact avec une classe. « J’étais en stage, en 1ère année. C’était une classe de maternelle. Je me suis retrouvé face à un tout petit, qui pleurait et dont le nez coulait abondamment. Je n’avais ni les bons gestes, ni les bons mots… ni même la bonne tenue vestimentaire ! Mais une semaine plus tard, cela allait déjà beaucoup mieux. »

Air pur et soleil

Aujourd’hui titulaire remplaçant de secteur sur la circonscription de Brignoles, Frédéric Mafféo effectue le complément des enseignants à temps partiel ou en décharge de direction. Il ne regrette rien de sa vie antérieure. « J’ai divisé mon salaire par trois, mais j’ai redécouvert la vie ! Comme si j’avais ouvert une porte, et trouvé air pur et soleil de l’autre côté. Je suis moins stressé, j’ai davantage de temps à consacrer à ma famille. L’année dernière, j’ai même eu la chance d’avoir une de mes filles comme élève ! De plus, j’accorde beaucoup d’importance à l’esprit dans lequel je travaille. Et je suis heureux de participer à la formation des citoyens de demain. »

                                                                      Patrick Lallemant