Roland Biache : « Solidarité laïque, agir pour un monde plus juste »

Solidarité laïque1 a pour objectif de lutter contre toutes formes de discriminations et d’organiser des actions de coopération et de solidarité en France et dans le monde. Gros plan sur les programmes menés dans le cadre de l’Education à la solidarité2, l’un des trois axes de l’association, avec Roland Biache, délégué général.

Dans le cadre de l’Education à la solidarité, qui intéresse plus particulièrement les enseignants, quels sont les principaux programmes que vous avez développés ?

Il y a en a plusieurs. Si l’on veut respecter la chronologie d’une année scolaire, le premier est « la rentrée solidaire », avec l’opération-collecte « un cahier, un crayon ». Le principe est simple, il s’agit de collecter des fournitures scolaires neuves. Au partir de ce geste très symbolique, l’enseignant, à partir des documents que nous publions sur notre site, fait un travail d’éducation à la solidarité. Il fournit une explication de la situation éducative dans le pays, dresse un état des lieux dans le monde (plus de 100 millions d’enfants de moins de 15 ans n’ont pas accès à l’école…)

Ce qui est au cœur de la rentrée solidaire, c’est vraiment l’alliance entre l’action et la réflexion. Concrètement, comment se déroule l’opération ?

L’opération de collecte s’adresse à toutes les classes. Notre réseau actuel fait que nous visons aujourd’hui principalement les écoles primaires. Mais il arrive qu’il y ait des classes de maternelle, de collèges ou des étudiants. La collecte dure trois mois : de la rentrée scolaire jusqu’au salon de l’Education. Les cartons sont apportés dans une délégation MAIF ou le magasin Camif le plus proche de l’école. Ils sont ensuite centralisés à Niort dans un hangar de la Camif, et conditionnés de manière bénévole par les salariés Camif.

Quels sont les autres programmes de Solidarité Laïque ?

Plus tard dans l’année, au mois d’avril, nous participons à la Semaine mondiale d’action en faveur de l’Education. Nous menons des actions, avec une dimension pédagogique, pour demander aux pays riches de tenir les engagements pris à Jomtien3, confirmés à Dakar4 et renouvelés au Sommet du Millénaire5. Nous faisons pression sur les gouvernements pour qu’ils engagent les crédits nécessaires afin que l’ensemble des jeunes de moins de 15 ans aillent à l’école. Nous avons écrit au Président de la république, aux députés, au représentant de l’UNESCO… Une pétition est d’ailleurs en cours, elle sera remise le 5 octobre prochain, lors de la journée mondiale des Enseignants.

Il y a également un programme de coopération entre étudiants d’IUFM du Nord et du Sud…

Tout à fait, il s’agit du Partenariat éducatif de solidarité internationale (PESI)6. Grâce à ce programme, soutenu, notamment par la Casden-BP, le futur enseignant peut mener sa première action de coopération ou de solidarité internationale. Le dispositif permet de financer des échanges entre des futurs enseignants de France et d’un pays en voie de développement. Il y a souvent à la clé une opération de solidarité (par exemple l’équipement d’une bibliothèque dans une E.N.I. (Ecole normale d’instituteurs) au Sénégal).

Parlez-nous de votre collaboration avec la chanteuse Dominique Dimey…

Nous avons monté avec elle un programme qui s’appelle « Agir pour l’éducation en chanson ». Ses chansons véhiculent toutes un message qui relève du champ de compétences de Solidarité laïque : accès à l’éducation pour les petites filles, la question des enfants des rues, l’enfance maltraitée… Et à partir de ces chansons, nous avons constitué un petit groupe de travail qui a produit des fiches pédagogiques. Ces fiches sont en lien avec les articles de la Convention internationale des droits de l’enfant. Là aussi, c’est une sorte de mariage du Faire et du Réfléchir : on écoute, on peut chanter, et on peut travailler sur le thème de la chanson (au Maroc, Djamila ne va pas à l’école…). Nous fêterons d’ailleurs les 20 ans de la Convention lors d’un concert au cirque d’hiver, le 20 novembre 2009. Nous avons parlé des objectifs de Dakar, du Millénaire, objectifs qui sont loin d’être remplis…

Restez-vous optimiste ?

Même si le monde ne va pas bien, pour autant, il ne se passe pas que de mauvaises choses. Nous essayons, avec nos actions, de nous battre « pour un monde plus juste », comme le dit notre devise. Nous essayons, à travers nos programmes, avec toute la modestie voulue, mais de façon opiniâtre, de former des enseignants ici ou là, d’envoyer des jeunes à l’école. Il faut véhiculer un message qui ne désespère pas. Le métier d’enseignant (je rappelle qu’au départ, nous sommes des enseignants) est de faire comprendre les choses aux jeunes pour que cela aille mieux demain.

Propos recueillis par Stéphane Hérès

(1) Plus d’infos sur le site de l’association.
(2) Les activités de l’association s’organisent en trois grands secteurs : l’éducation au développement durable et à la solidarité internationale, les actions de coopération éducative à l’international et les actions de plaidoyer.
(3) La conférence mondiale de l’éducation pour tous s’est tenue, du 5 au 9 mars 1990, à Jomtien (Thailande). Elle a été organisée, de manière conjointe, par l’UNICEF, le Programme des Nations Unies pour le développement et l’UNESCO.
(4) Le Forum mondial sur l’éducation a été mis en place par l’UNESCO pour assurer le suivi de la Conférence de Jomtien. Il est tenu à Dakar du 26 au 28 avril 2000.
(5) Dans la déclaration du Millénaire, les Nations Unies ont défini huit objectifs de développement, parmi lesquels les objectifs 2 (« assurer l’éducation primaire pour tous ») et 3 (« promouvoir l’égalité et l’autonomisation des femmes »).


(6) Le programme est également soutenu par la MAIF et la MGEN. Avec le concours du ministère de l’Education nationale et de la Conférence des directeurs d’IUFM.

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