La société est-elle faite pour l’école ?

Dans « L’éducation peut-elle être encore au cœur d’un projet de société ? », co-écrit1 avec Philippe Meirieu, Pierre Frackowiak revient sur l’évolution des finalités de l’école. L’IEN2 qui tente de définir les bases d’un système éducatif en harmonie avec la société nous éclaire.

Quel est le postulat de base de cet ouvrage ?

En retraçant l’histoire de l’école depuis Jules Ferry, les enjeux historiques des rapports entre l’école et la société, les efforts réalisés pour la transformer de 1970 à 2002, nous essayons de démontrer qu’un projet éducatif est nécessairement lié à un projet de société. Et qu’il est impossible de résoudre nos problèmes par un retour aux pratiques d’avant-hier. Or c’est ce que le ministère préconise et impose pour le primaire. Cette décision est difficile à comprendre dans la mesure où le président de la République affirmait : « nous ne referons ni l’école de nos grands parents, ni celle de nos parents, ni même la nôtre ».

Quelles réponses concrètes apportez-vous à la question posée dans le titre?

L’école a été au coeur du projet de société. Elle a perdu cette place avec le développement d’une conception utilitariste : former plutôt qu’éduquer, promouvoir les examens au détriment des valeurs et principes, valoriser les résultats scolaires plutôt que les performances dans le domaine du savoir être et du savoir vivre ensemble. On a oublié les idées, les enjeux, le devenir de l’Homme. Les enseignants ont tenté de « faire les programmes ». Souvent en vain. Il faut redonner toute leur place aux finalités. Quelle que soit sa discipline, un enseignant doit être un professeur d’intelligence et de citoyenneté. Et bénéficier, pour cela, de plus de souplesse et de confiance au niveau de ses pratiques.

Pensez-vous que toute l’école soit à reconstruire ?

Non, l’école primaire a bien évolué. Si l’on compare ses performances actuelles à celles de la fin de l’école de J. Ferry, vers la fin des années 1960, on peut admettre qu’elle a progressé. Quand on évoque les 10 ou 15% d’élèves en difficulté à l’entrée en sixième, on ne rapporte jamais ces pourcentages au phénomène de massification de l’école. Si cet effort a été engagé et soutenu au-delà des alternances politiques, c’est parce que les performances du système s’avéraient insuffisantes. Il était possible de poursuivre dans la voie tracée, d’améliorer les pratiques, d’évaluer et de réguler la mise en oeuvre de la loi de 18893, de mettre en application les programmes et instructions de 2002 qui avaient fait l’objet d’un grand consensus.

Qu’est-il selon vous capital de redéfinir ?

D’abord la place de l’élève dans le fonctionnement du système qui doit être considéré comme un acteur de ses apprentissages. Une véritable réflexion est à conduire sur les savoirs scolaires, sur les disciplines, sur l’impact de la diffusion massive des savoirs sociaux et sur « les savoirs nécessaires à l’éducation du futur ». Ensuite, la place de l’école dans la Cité comme lieu de valorisation et de partage de la connaissance. Enfin la pédagogie. Au moment où les IUFM sont menacés de disparition, le règne des disciplines scolaires classiques tend à dévaloriser ou rejeter la pédagogie. Or, le système ne pourra pas améliorer ses performances si une vraie réflexion n’est pas menée sur les pratiques professionnelles des enseignants.


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Editions de l’Aube, mai 2008 (112 pages, 11.50 euros)
(2) Ancien instituteur, Pierre Frackowiak est inspecteur de l’Education nationale dans le Nord
(3) Dite loi Jospin

Qu’attendez-vous de ce livre ?

Qu’il aide à prendre conscience de la gravité de la situation. L’école a besoin de temps, de cohérence, de continuité et de confiance pour gagner en efficacité. Il faut trouver le moyen de transcender clivages et alternances, de s’inscrire dans une continuité républicaine aujourd’hui perdue, dans la perspective d’une société de la connaissance et de l’éducation. Il est capital d’éviter les oppositions entre parents et enseignants et de se mobiliser en faveur d’une école démocratique.

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