Louise Debourle : une passionnée au secours des ‘décrocheurs’

Son terrain : la Seine-Saint-Denis. Sa mission : coordonner et faire évoluer les dispositifs relais « Nouvelles Chances1 » développés par l’académie de Créteil pour les élèves en situation de décrochage scolaire. Retour sur le parcours d’une enseignante convaincue, devenue chargée de mission.

« J’avoue que j’ai vécu ». En faisant sienne la phrase de Pablo Neruda, Louise Debourle donne le ton. Elle dit ainsi combien le « chemin caravanier » qui l’a menée à s’intéresser à l’absentéisme et au décrochage scolaire n’était en rien balisé. Exploratrice à la recherche des adolescents « perdus de vue par l’école », la linguiste revient sur des années de riches découvertes, d’expérimentations et d’engagements.

L’expérience anglaise

Rentrée 1964. La bachelière avait demandé La Sorbonne, elle est envoyée à Nanterre qui n’est alors qu’un ensemble de bidonvilles flanqué de deux blocs universitaires. Embarquée dans des études de lettres faute de n’avoir pu faire les Beaux-Arts (désaccord parental oblige), la jeune Louise est plus connue de ses professeurs pour ses expositions de photographies et de dessins que pour son assiduité. 1967. L’étudiante interrompt son cursus en pleine préparation de sa licence et s’exile à Manchester où elle vient de décrocher un poste d’assistante de français. Elle vit alors un éblouissement inattendu : « dans cette banlieue sombre et précaire de Manchester, je découvre un système scolaire formidable combinant contenus disciplinaires et projets créatifs. La posture de transmission dans laquelle je me trouve face à mes élèves me comble ».

Une formation atypique

Novembre 1969. Louise rentre en France, reprend ses études et accepte un poste de maître auxiliaire au lycée technique d’Argenteuil. « Je me retrouve à transmettre à des grands gaillards de BTS ce que je suis moi-même en train d’apprendre sur André Breton et les surréalistes ! ». De ces séances, Louise tire un principe de base : « pour que cela fonctionne, il faut faire en sorte que les programmes soient ambitieux ». Pendant une dizaine d’années, la maîtresse auxiliaire sillonne la Seine-Saint-Denis, de collèges en lycées. Un nomadisme qui lui permet de suivre des études de chinois2, de faire du théâtre et de monter un projet culturel et artistique3 dans chaque établissement fréquenté. En 1980, Louise obtient son Capes. Elle fait ses classes à Béthune puis à Beauvais où elle implique ses élèves dans un spectacle de cirque4. Puis, en 1983, elle obtient un poste à profil5 au collège expérimental audio-visuel audiovisuel Pablo Neruda de Gagny.

Second Cap, le tournant

Dans ce collège, l’enseignante met en place le tout premier atelier de pratique artistique en partenariat avec une compagnie de cirque. Sans le savoir, elle esquisse les futurs ateliers relais du dispositif Nouvelles Chances. L’expérience dure dix ans. En 1999, le ministère annonce son programme6 en direction des élèves sortant du système scolaire sans qualification. Depuis un an déjà, l’enseignante tente de mettre en place un dispositif pour accueillir les jeunes de 16 à 18 ans en rupture avec l’école. Jack Lang7 insiste pour que de cette initiative naisse « un beau projet »…validé8 en 2001 sous le nom « Second Cap ». Dès lors, l’enseignante se consacre à ses « raccrocheurs ». Lorsque, l’année suivante, l’inspecteur d’académie lui propose de coordonner l’ensemble des dispositifs à l’échelle du département, elle accepte. « Une décision de sagesse, de vieille dame », sourit-elle dans un ultime regard sur un parcours étourdissant de cohérence.


 


                                                     Marie-Laure Maisonneuve


 


(1)Voir le site 
(2) Elle obtient une licence
(3) Des projets de création théâtrale pour l’essentiel
(4) Monté avec la troupe La Compagnie Foraine d’Adrienne Larue
(5) Les postes à profil sont des postes « spécifiques », accessibles à des personnels disposant de compétences « spécifiques », en plus de leur certification d’enseignant.
(6) Nouvelles chances
(7) Alors ministre de l’Education nationale
(8) Par l’Education nationale et le Conseil régional d’Ile de France.

Louise Debourle en cinq dates

1964 : entame des études de lettres à la faculté de Nanterre
1967 : obtient un poste d’assistante de français à Manchester
1969 : est maître auxiliaire au lycée technique d’Argenteuil
1983 : obtient un poste à profil au collège expérimental audiovisuel Pablo Neruda à Gagny
2002 : devient chargée de mission à l’Inspection académique de Seine-Saint-Denis

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