Remplacés par… des instits retraités !

Pour faire face à une augmentation des congés maladie et maternité dans les rangs des enseignants du premier degré, l’inspection académique d’Ille-et-Vilaine a proposé à des instituteurs à la retraite d’assurer quelques remplacements courts. Les explications de Jean-Charles Huchet, inspecteur d’académie du département.

Quels sont les personnels concernés par cette mesure ?

Nous avons envoyé un courrier à l’ensemble des enseignants du premier degré résidant en Ille-et-Vilaine et partis à la retraite en 2005, 2006 et 2007. Il fallait en effet que ces personnes aient quitté l’Education nationale depuis moins de quatre ans et que leur localisation géographique corresponde à nos besoins. Il n’a jamais été question de procéder à une sélection sur la base de critères autres que ceux-là. Fin mars, plus de 400 instituteurs ont ainsi été informés qu’ils pouvaient, s’ils le souhaitaient, reprendre une activité rémunérée et ponctuelle, fonction de notre demande et de leurs disponibilités. De fait, nous avons pu vérifier que le printemps n’était pas la meilleure période pour rentrer en contact avec les retraités de l’Education nationale qui constituent une population très encline à voyager et à s’engager dans des activités diverses!

Sous quel statut ces instituteurs à la retraite reprennent-ils du service et quelles sont leurs tâches ?

Ces enseignants sont recrutés en tant que vacataires, pour une rémunération horaire brute de 34,30 euros qui s’ajoute bien évidemment au montant de leur retraite. Comme pour tout vacataire de l’Education nationale, leur temps annuel de travail ne peut dépasser 200 heures. Leurs prérogatives sont les mêmes que celles de tout enseignant ; en cela, ils ne bénéficient d’aucun allègement de service particulier. Cela étant, leurs missions de remplacement concernent exclusivement les congés courts (inférieurs à un mois) : il n’est pas question qu’ils se substituent aux titulaires remplaçants envoyés, en priorité, sur les remplacements longs.

De quelle façon gérez-vous ce volant de remplaçants ?

Le but de la manœuvre n’était pas de créer un corps de vacataires remplaçants ni d’élaborer une nouvelle règle de gestion des remplacements mais de constituer un vivier de personnes opérationnelles, intéressées et rapidement disponibles, susceptibles d’apporter une réponse ponctuelle en cas d’insuffisance des solutions classiques. Avec ces retraités, nous ne sommes pas dans une dynamique de retour à l’emploi, ni de réembauche. Nous continuons évidemment à faire fonctionner les brigades départementales1 ainsi que les « ziliens »2 au maximum de leur disponibilité. Mais cela ne suffit pas toujours et nous préférons nous assurer d’avoir des ressources de proximité. Nous avons enregistré une trentaine de contacts fiables et durables, ce qui est au-delà de nos besoins.

Pourquoi avoir fait ce choix-là ?

Cette année, notre académie (où le taux de féminisation du métier est supérieur à la moyenne nationale3) a connu une augmentation très lourde des congés maternités4 et des congés maladies5 désormais utilisés pour allonger, en amont et en aval, la durée des premiers. Parce que seule une moitié de nos effectifs de remplaçants titulaires était disponible et que l’on ne peut faire appel aux listes complémentaires des candidats aux concours de l’enseignement après le mois de janvier, nous avons opté pour cette solution. Une option qui a le mérite d’envoyer des personnels formés et expérimentés dans des écoles où ils ont déjà leurs marques et où la succession de jeunes diplômés sans aucune expérience de la petite enfance n’est pas toujours sans risque pour l’équilibre des classes.


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Les brigades départementales ont un rayon d’action (tout le département) plus important que les « Ziliens ». Elles sont gérées par les services de l’inspection académique et permettent, en particulier, le remplacement des congés plus longs et notamment des personnels en formation continue.


(2) Remplaçants titulaires exerçant en Zone d’Intervention Limitée (ZIL)
(3) En Ille-et-Vilaine, 84% des jeunes sortant de l’IUFM sont des femmes pour 80% à l’échelle nationale.
(4) +40%
(5) +30% 

Cette formule a-t-elle vocation à perdurer ?

Cette solution est une réponse ponctuelle à laquelle d’autres académies, comme celle de Créteil, ont déjà fait appel pour pallier une situation conjoncturelle délicate. La remise en activité des seniors est une réflexion qui est menée dans beaucoup de départements. Et c’est une alternative que nous ne voulons pas nous interdire même si nous envisageons de recruter seize nouveaux titulaires remplaçants pour l’année prochaine.

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