Enseignement supérieur et recherche : quels projets pour Paris ?

Le 26 mai dernier, lors du Conseil de Paris, Bertrand Delanoë annonçait des mesures de grande envergure pour l’enseignement supérieur et la recherche à Paris, ainsi qu’un budget d’un milliard d’euros. Jean-Louis Missika1, adjoint du Maire de Paris en charge de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, fait le point avec nous sur ces mesures et leur état d’avancement.

Bertrand Delanoë2 annonçait le 26 mai dernier un budget d’un milliard d’euros dédié à l’enseignement supérieur, à la recherche et à l’innovation. Pourquoi un budget aussi important et à quelle priorité sera-t-il affecté ?

Le budget est très important parce que l’économie de la connaissance est quelque chose de très important pour l’avenir de Paris et de sa région. C’est un domaine qui fera la création d’entreprises et les emplois de demain.

Jamais un budget aussi important n’avait été consacré par la Mairie de Paris à l’enseignement supérieur, à la recherche et à l’innovation ?

Absolument. Ce budget est en hausse de près de 75% par rapport à la première mandature, où 600 millions d’euros y avaient été consacrés.

Le Maire de Paris a aussi annoncé la création de trois grands pôles universitaires : un pôle Quartier Latin, un pôle Paris Rive Gauche et un pôle Paris Nord-Est.

Il ne s’agit pas de création pour les deux premiers pôles, mais de restructuration. Le pôle Paris Nord-Est lui va être créé en effet.

Pouvez-vous nous décrire ces pôles en quelques mots ?

Le pôle Quartier Latin va de la montagne Sainte-Geneviève jusqu’à la Cité universitaire, et s’étend vers Sciences Po et Jussieu. Il s’agit du Paris universitaire historique, qui a énormément besoin de restructuration et de réhabilitation. La bibliothèque de la Sorbonne par exemple va être entièrement rénovée. Il y a un autre problème : il n’y a pas de campus étudiant dans ce secteur. Un des projets de la Ville de Paris est de créer un campus étudiant dans ce quartier. Pour ce qui est du projet Paris Rive Gauche, qui va de Jussieu à Masséna, il comprend entre autres l’installation de l’INALCO et la construction de la bibliothèque de l’INALCO, dont la première pierre sera posée bientôt.
Le pôle Paris Nord-Est va jusqu’à Ivry, au-delà du périphérique. Cela concerne Paris métropole. Il s’agit là de la création d’un nouveau campus avec d’un côté Plaine Commune, comprenant notamment Aubervilliers, et de l’autre la porte de la Chapelle et la porte de Clignancourt avec Paris1 porte de la Chapelle et Paris4 porte de Clignancourt.

Cette structuration va-t-elle contribuer à renforcer le rayonnement de la capitale en Europe et à l’international ?

Il y a là bien évidemment une dimension recherche de l’excellence et une dimension d’attractivité universitaire et scientifique, et par là même d’attractivité économique et technologique, les deux étant liées.

Chacun de ces pôles sera-t-il doté d’une spécificité ?

Un petit désaccord existe entre nous et le ministère à ce sujet. Pour nous, les grandes universités de recherche de réputation mondiale sont pluridisciplinaires. Un rapprochement avec les grandes écoles nous semble aussi indispensable. Mais nous ne sommes pas les seuls à décider. Il y a par exemple une école polytechnique à Paris6 et il y a un projet d’école polytechnique à Paris7 que nous soutenons. La dimension institut polytechnique intégré au campus universitaire est pour nous extrêmement importante.

Le gouvernement soutient-il vos projets ou au contraire existe-t-il des frictions ?

J’ai demandé un rendez-vous à Mme Pécresse, que j’attends. Il y a bien entendu des contacts réguliers et des réunions entre les services du ministère et de la ville. Il serait souhaitable que la conversation politique ait lieu rapidement. Je trouve qu’elle tarde à venir. Et je pense que le plan campus ne relève pas d’une conception d’ensemble de ce que doit être Paris, ville universitaire mondiale du 21e siècle. Le plan campus est un élément du puzzle, mais nous, nous faisons une offre beaucoup plus globale, puisqu’elle concerne à la fois l’aménagement urbain, la logique de vie étudiante et aussi la recherche de l’excellence. Nous aimerions avoir une conversation de fond avec la ministre et le gouvernement sur ces sujets-là. De même que doit avoir lieu avec le gouvernement un débat sur Paris métropole, pôle universitaire, avec les trois grands pôles que sont le pôle Sud avec Orsay, le pôle Est avec Marne-la-vallée, et le pôle Centre avec Paris.

Tout ceci est donc à l’état de projet pour l’instant ?

Oui, c’est une sorte de stand-by, où chacun a exprimé ses opinions. Ma position personnelle consiste à dire que l’on réussira ensemble ou que l’on échouera ensemble. Il n’est pas possible que la ville ait son programme, la région le sien, et l’Etat le sien.

Pour redonner une place d’importance à la capitale, vous allez prendre des mesures pour attirer les jeunes doctorants et les chercheurs étrangers ?

Dans le projet, nous avons une politique d’attractivité scientifique, en particulier avec l’accueil des chercheurs étrangers et le soutien à des instituts d’études avancées (voir le discours du Maire). Nous misons aussi sur une politique de logement étudiant, car il est très difficile d’être étudiant aujourd’hui à Paris. Les deux aspects, l’excellence scientifique d’un côté et les conditions de vie de l’autre, se tiennent et permettent d’attirer les gens.


1) Elu depuis le 16 mars dernier. Jean-Louis Missika est par ailleurs professeur à Sciences Po Paris.
2) Pour lire
le discours du Maire dans son intégralité

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