Vrai ou faux : tout ce qu’il faut savoir sur les suppressions de postes

Depuis plusieurs semaines, syndicats d’enseignants et lycéens se mobilisent contre les 11.000 suppressions programmées pour la rentrée. Ces suppressions sont-elles de nature à désorganiser l’Education nationale ? Vont-elles, au contraire, permettre d’optimiser le système ? Analyse en cinq points, avec Emmanuel Davidenkoff, rédacteur en chef à Phosphore.com et chroniqueur sur France Info.

« Quelques milliers de postes supprimés sur plus d’un million, cela ne déstabilisera pas le système ».

Oui et non. Il y a, en fait, deux niveaux de réponse. Si la question est de savoir comment se passera la rentrée prochaine, il y aura effectivement des enseignants devant tous les élèves et les programmes officiels seront suivis. Les pertes qui interviendront seront moins spectaculaires : des options vont disparaître, les remplacements seront plus compliqués à assurer. L’ensemble du système ne sera donc pas déstabilise. Cependant, la marge de fonctionnement au sein d’un établissement tient à très peu de choses. Et des choses très concrètes vont changer dans la façon de travailler et d’enseigner.

Les possibilités de dédoublement de classes vont diminuer.

Oui, forcément. Dédoubler un cours de langue, par exemple, pour que les élèves puissent davantage s’exprimer à l’oral, revient à payer deux heures pour le prix d’une. Limiter les dédoublements est donc une source d’économies. De la même façon, il sera plus difficile de dégager des heures de soutien scolaires pour les élèves qui présentent des déficiences dans telle ou telle matière ou d’organiser un voyage pédagogique. Car tout cela se fait avec peu de moyens, en allant chercher quelques heures supplémentaires ici et là, ou avec des échanges entre enseignants. Si le système fonctionne à flux tendu, ce n’est plus possible.

Les suppressions de postes vont entraîner des classes surchargées.

Oui et non. Car la notion de surcharge d’une classe est très subjective. Dans un lycée de centre ville, où les gamins ont déjà été plus ou moins sélectionnés et visent une mention au bac pour entrer en classe préparatoire, passer de trente à trente-cinq élèves ne me paraît pas insurmontable. En revanche, dans certains collèges, vingt-quatre élèves par classe, c’est déjà trop. Cela dit, le ministère s’est engagé à maintenir les taux d’encadrement en Zep. Il est, de toute façon, difficile d’avoir une réponse nationale. Cela dépendra en effet beaucoup des politiques menées au niveau de chaque rectorat, et même à l’intérieur des établissements. Enfin, ce qui est sûr, c’est que toute augmentation d’effectif dans une classe entraîne une surcharge de travail pour les enseignants, ne serait-ce qu’en temps de corrections.

La réforme est avant tout budgétaire.

Oui. Et, du reste, elle ne fait que commencer. On sait que, dans les trois ans, il faudra diminuer les moyens de 20%. Il faut donc s’attendre à ce que, dès juillet et, à coup sûr, en septembre lors de la discussion budgétaire, on apprenne qu’il y aura 15.000 plutôt que 11.000 suppressions de postes d’enseignants l’année prochaine. Et autant chaque année dans les trois ans à venir.


 


Propos recueillis par Patrick Lallemant

Les suppressions de postes vont permettre d’optimiser le système.

Non. Pour optimiser le système, il faut mener des réformes structurelles, agir sur les programmes, s’interroger sur les savoirs et les compétences que doit acquérir le lycéen du 21ème siècle, puis adapter les moyens à ces objectifs. Commencer par supprimer les postes, et adapter les programmes ensuite, c’est mettre la charrue avant les bœufs.

Partagez l'article

Les commentaires sont fermés .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.