Toilettes scolaires : non au ‘pipistress’

Une hygiène défaillante et un manque d’intimité incitent de nombreux élèves à renoncer à aller aux toilettes de l’école, du collège ou du lycée. Mais un tel comportement n’est pas sans conséquence et, pour les médecins, il s’agit d’un véritable enjeu de santé publique. C’est l’avis du docteur Jérôme Grall, secrétaire général adjoint de l’Association française d’urologie (Afu)1.

Connaît-on le nombre d’enfants concernés par ce problème ?

On sait que les petites filles sont plus touchées que les petits garçons. Elles sont, en effet, plus sensibles aux risques d’infection et, par leur éducation, à la propreté des lieux. C’est également vrai pour les adolescentes. Il est, en revanche, très difficile de donner des chiffres précis. La plupart des enfants qui viennent en consultation pour des troubles de la vessie ont, ou ont eu, ce type de comportement. Mais il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg. Du reste, le rapport que vient de publier l’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement prouve l’étendue du problème2.

Quelles conséquences cela peut-il avoir sur la santé des enfants ?

Certains enfants en arrivent à se retenir une demi-journée ou une journée entière. Or, se retenir trop ou trop souvent contrarie le mécanisme normal de sa vessie et « surentraîne » le sphincter, qui devient trop solide. Il en résulte un certain nombre d’accidents de comportement de la vessie, comme les contractions désordonnées. Par ailleurs, ces symptômes apparaissent progressivement et ces conséquences peuvent se manifester à court, moyen ou long terme. Elles peuvent même se développer ou persister lorsque l’enfant sera devenu adulte.

Quel peut être le rôle des enseignants ?

C’est avant tout un problème de compréhension. Il peut, certes, être pénible de voir son cours interrompu par des élèves qui demandent à aller aux toilettes en dehors des récréations. Mais les enfants n’ont pas tous le même rythme et certains éprouvent un réel besoin d’aller uriner un peu plus souvent que les autres. Les enseignants doivent donc en tenir compte et leur faciliter les choses, sans les culpabiliser. En outre, pour éviter les actes de vandalisme, ils doivent aussi éduquer les enfants, leur apprendre à respecter les toilettes comme bien commun de tous.

Et quelle est la responsabilité des chefs d’établissement ?

Ils doivent avant tout veiller à l’état des toilettes : propreté, présence de papier… Cela passe sans doute par une meilleure surveillance des lieux, même si on ne peut évidemment pas y poster des vigiles ou faire passer des femmes de ménage à longueur de journée ! Quand c’est possible, éloigner les toilettes des filles de celles des garçons se révèle également souvent profitable.


Propos recueillis par Patrick Lallemant



(1) L’Afu a édité et mis en ligne un dépliant destiné aux enfants
(2) Le dossier peut être consulté sur le site de l’Observatoire.

Comment ce problème est-il traité à l’étranger ?

Je peux vous donner un exemple : au Japon, les enfants participent eux-mêmes, à tour de rôle, à l’entretien des écoles, et notamment des toilettes. Ils se trouvent ainsi totalement responsabilisés. Résultat : les toilettes sont propres, ce qui règle déjà une bonne partie du problème. Peut-être pourrait-on s’en inspirer en France ?

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