Psychoses, troubles de l’humeur, troubles anxieux… La palette des maladies mentales qui touchent les professionnels de l’éducation ne diffère guère de celle qui concerne le reste de la population. « On trouve, chez les enseignants, les mêmes pathologies, légères ou lourdes, bénignes ou graves, que chez les non enseignants », témoigne Christophe Dhôte, médecin-chef du service de réadaptation du Centre de Santé Mentale et de Réadaptation de Paris (CMSRP) MGEN (2). « Ce qui, si l’on considère que ces troubles sont engendrés par des causes psychiatriques et non par la nature du travail, est parfaitement logique ».

L’importance du bagage d’études

Pour ce praticien chargé de remettre des personnes (3) en rupture avec leur milieu professionnel dans un circuit d’activité, les milieux socioculturels des individus ont davantage d’influence sur la maladie que les métiers en eux-mêmes. « D’un niveau de qualification professionnelle à un autre, les troubles sont les mêmes mais le degré de sensibilisation à la maladie et, par conséquent, l’accès aux soins sont eux bien différents. Et conditionnent la prise en charge de la pathologie. Un universitaire, un professeur de l’enseignement supérieur ont plus de chances d’appréhender efficacement (et à temps) leur problème de santé qu’un enseignant du secondaire… qui a lui-même davantage de postes adaptés ou aménagés (4) qu’un professeur des écoles. Bref, selon moi, les conditions d’accès aux soins psychiatriques étant liées de près au regard posé par les personnes sur leur maladie et ses solutions, la persistance des troubles mentaux chez les professeurs varie en fonction de leur formation et de leur bagage d’études ».

Des facteurs aggravants

Si, pour le Docteur Dhôte, la nature des activités des enseignants ne suffit pas à expliquer l’apparition de la maladie, elle constitue, en revanche, un facteur aggravant. « Les enseignants sont en première ligne des problèmes de société. Dans un contexte d’exacerbation des tensions tel que le milieu scolaire, des personnes fragiles craquent rapidement. Les relations que notre centre entretient avec l’Éducation nationale, via les services de prévention des rectorats, nous permettent de voir se dessiner les problèmes en amont ». En effet, si une moitié des patients que le CMSRP reçoit dans ses diverses unités lui est adressée par des médecins traitants et des psychiatres, l’autre l’est par les services de médecine préventive des rectorats de Créteil, Paris et Versailles avec qui une convention de partenariat a été signée. Une alliance indispensable, pour le thérapeute : « Les médecins ont besoin de postes avancés dans le monde du travail qui ont eux-mêmes besoins d’éclaireurs dans le milieu du soin ».

Si cette forme de coopération s’avère essentielle pour permettre aux enseignants de reprendre le chemin de l’école, la guérison mentale et le retour au travail sont-ils forcément liés ? « Loin de là, au risque d’étonner nombre d’actifs, un patient peut se sentir soulagé d’apprendre qu’il ne travaillera plus. Le travail est aussi bien une arme pour enfoncer ceux qui souffrent qu’un outil pour consolider une guérison ».

Marie-Laure Maisonneuve

(1) Pour en savoir plus sur cette notion, lire l’étude menée en 2005 par le Docteur J. Mario Horenstein (La qualité de vie des enseignants) pour la MGEN.
(2)Liste des Centres de Santé Mentale MGEN.
(3) Des mutualistes MGEN, dont un grand nombre d’enseignants, une fois sortis de la phase aiguë de leur maladie.
(4) Plusieurs mesures peuvent être proposées à un enseignant en difficulté. Pour en savoir plus, reportez-vous au deuxième article de notre Hors-série : « Comment faire quand ça va mal ? ».